Outrage à Versailles

Depuis quelques mois et comme chaque année, le Château de Versailles s’empare de modernité en invitant des artistes de la scène artistique contemporaine. Cette année ne fut guère l’exception, et on put admirer les grandes installations de l’artiste anglais, d’origine indienne, Anish Kapoor, représenté en France par la galerie Kamel Mennour.

Le parcours de la visite est assez libre, telle une chasse au trésor, il faut se perdre dans les jardins du château pour trouver les œuvres monumentales du dit artiste. Un total de 6 œuvres se déploient dans la totalité du château, la 1ère dans la Salle du Jeu de Paume, intitulée Shooting into the corner, trois autres au Bosquet de l’Étoile, nommés Sectional Body preparing for Monadic Singularity, Dirty Corner et Descension, une autre située à la terrasse appelée C-Curve, et finalement une dernière au parterre d’eau intitulée Sky Mirror. Les sculptures exhibées font appel aux doubles forces qui régissent la conception de l’existence humaine : entre infini et fini, entre chair et esprit, silence et bruit, principes anatomiques et théories spirituelles… le monde habité par les sculptures de Kapoor répond à une vision harmonieuse, où les principes humanistes de la Renaissance trouvent un écho. Le miroir, l’eau qui coule sur un vortex infini, les espaces et sonorités créent des sensations chez les spectateurs qui les mettent en contact avec l’art et la nature environnante.

Dimanche dernier, la sculpture Dirty Corner, aussi connue sous le nom de Queen’s Vagina a été vandalisée par des acteurs encore inconnus. Des phrases antisémites ont couvert la grande sculpture;  ce n’est point la première fois que l’œuvre est victime de tels actes, elle fut arrosée de peinture jaune au le mois de juin. Le premier ministre Manuel Valls, ainsi que le président François Hollande, et la ministre de la culture Fleur Pellerin, ont condamné condamnées les actes, et promis des réprimandes sévères pour les responsables. Le quotidien anglais The Guardian a souligné, de manière assez pertinente, le fait qu’il ne s’agit pas d’un acte isolé, mais d’une démarche régulière dans la capitale française. En 2014, une sculpture de l’artiste américain Paul McCarthy fut dégonflée à Place Vendôme, créant toute une controverse autour de l’aspect formel de l’œuvre, qui d’après certains, portait atteinte au moral des passants et spectateurs. Il est difficile de croire qu’un pays comme la France, «berceau» des valeurs démocratiques modernes, soit si touché moralement par de telles expressions artistiques. Plus incroyable encore est la réaction barbare de détruire, ou porter atteinte aux œuvres d’artistes étrangers. Cet acte n’est pas anodin et s’inscrit, comme l’a très bien discerné Kapoor, dans un contexte politico-social difficile, un contexte de crise européenne et de globalisation, où l’idée de morale, et où la religion et l’identité culturelle sont mises en question constamment. Peut-on lire dans ces ses messages haineux, voire xénophobes,  l’état d’esprit d’une population qui se sent écartée et délaissée par ses gouvernants gouverneurs, et qui essaie à tout prix de reconstruire une identité nationale, telle qu’elle fut conçue au XIX siècle ? Il revient est au peuple français de s’exprimer contre ce type d’acte, et de réagir vite avant le déclenchement d’une hécatombe imminente.

Crédit photo : http://www.trendsperiodical.fr/

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