Palmyre à Londres, une vaste blague ?

Après avoir été détruite, l’arche de Palmyre a été recréée à Trafalgar Square à Londres. Si vous étiez du côté de Dubai ou de New York, vous avez également eu la possibilité de voir ce vestige, tombé, de la civilisation antique.

Comme vous avez dû le lire ici, Palmyre a été détruite, petit à petit par la joyeuse bande Daesh. Les uns après les autres les bâtiments sont tombés. Les états ont voulu reconstruire la cité antique grâce à des imprimantes 3D. Alors, on a vu renaître l’arche emblématique à Londres. On pourrait penser à un geste honorable, à une volonté de faire perdurer la mémoire de Palmyre à travers le monde, ou encore à un gros pied de nez à nos copains de Daesh « Eh coucou ! Palmyre est toujours là ».

Déjà, remettons les choses dans leur contexte : l’arche de Palmyre a été produite à partir d’une copie d’une copie d’une copie. Un peu comme si t’allais manger un risotto préparé par des pakistanais. Non que je puisse avoir quelque chose contre, mais bon voyez. Cette copie de 11 tonnes fabriquée en Italie en marbre égyptien a été recréée, comme elle aurait pu l’être lors de sa construction originelle. Or, en faisant cela, on balaye d’un coup de main brusque des siècles d’histoire. On efface d’un coup, d’un seul, la trace de l’humanité, des batailles qui ont fait l’Histoire, et on supprime le passage du temps. Ce n’est pas à ce que l’on s’attendait en allant voir cette arche à Londres. On s’attendait à être confronté à l’architecture abîmée par le passage des civilisations, aux pierres usées par le temps, et qui pourtant a rendu ce monument plus éblouissant que jamais. Il n’en a rien été.

Cette arche est posée là, sortie de son contexte géopolitique, géographique et historique. Cette arche git bêtement au milieu des bâtiments contemporains. Non pas pour faire un pied de nez à Daesh, mais comme pour se convaincre que nous n’avons pas été impuissants face à ces barbares. Pour tenter de se rassurer « tout va bien, on a pu reconstruire, ce n’est pas si grave ». Une vaste blague ! Ce cadre, qui n’est plus une arche, nous rappelle que trop lourdement la perte immense et définitive des monuments de Palmyre. Cette construction sert encore moins de mémoire puisqu’elle n’est qu’un prétexte aux perches à selfies qui passent à longueur de journée.

La copie n’est pas bonne mais après tout, le message est peut-être le bon ? Mais l’est-il vraiment ? Est- ce un bon moyen de dénoncer l’atrocité qui perdure en Syrie ? Même pas, puisque l’architecture sortie de son contexte, et venant de nulle part, laisse perplexe le spectateur. Alors, qu’a-t-on réellement voulu faire comprendre en plantant Palmyre à Londres ?

Crédit photo : JUSTIN TALLIS

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