« Panama Papers » : l’Affaire Modigliani

C’est par le journal Le Monde que l’information est tombée. Un tableau du peintre italien Amedeo Modigliani, spolié par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, serait détenu par David Nahmad, un richissime collectionneur libanais.

Ce raz-de-marée, que représente l’affaire des Panama Papers, est en train de toucher absolument tous les domaines : la finance, la politique, les médias, les sociétés de divertissements, le sport, et of course, l’art. Ce qui semble être une des plus importantes fuites de documents de l’Histoire, peut-être même plus que l’affaire Wikileaks, pourrait permettre de comprendre, et d’éclairer, un mystère vieux de 75 ans, une époque où flottait un célèbre drapeau rouge, blanc et noir sur Paris. Le tableau en question se trouve être L’Homme assis appuyé sur une canne, peint en 1918 à la fin de la courte carrière de l’artiste italien. Faisons un léger bond dans l’Histoire pour nous retrouver en 1941. Le tableau appartient alors à un galeriste juif de nationalité britannique, Oscar Stettiner qui a fui Paris en 1939 pour se rendre en zone libre, et plus précisément à La Force en Dordogne avec une partie de sa collection. En mars 1941, un commissaire aux questions juives nomme un administrateur provisoire pour disperser les biens du collectionneur. En juillet 1944 l’œuvre passe dans les salles de Drouot, où elle sera acquise pour 16 000 francs de l’époque (soit 3 600 euros actuel). 1946, le galeriste, épargné par la guerre, dépose une requête de restitution au Tribunal de la Seine pour un tableau décrit comme étant un « portrait d’homme »…Les recherches de Stettiner le mène à un nom, celui de Van der Klip, qui l’aurait cédé à un officier de l’armée américaine dont il ignore le nom. 1948, Oscar Stettiner décède, et sa fille laisse l’affaire de côté pour éviter de se replonger dans de douloureux souvenirs.

Le tableau ne refera surface qu’en 1996, pendant une vente aux enchères chez Christie’s. Lors de la vente, il est présenté comme ayant été acquis par un certain John Livengood entre 1940 et 1945. Au passage signalons que la période d’acquisition aurait dû mettre la puce à l’oreille des experts, la Seconde Guerre mondiale étant considérée comme un « véritable champ de mines » pour le marché de l’art. Selon les informations du Monde, John Livengood serait le petit-fils de Van der Klip…Le tableau partira finalement pour 3,2 millions de dollars pour une petite société du Panama, l’International Art Center. Et c’est là que nous retrouvons David Nahmad, car l’IAC appartient à la puissante famille Nahmad. Le plus surprenant c’est que cette société n’a…aucun employé, et que le conseil d’administration est composé de collaborateurs de Mossack Fonseca, la société au cœur des « Panama Papers ». Vous voyez un peu le pitch ? Le petit-fils et héritier de Stettiner, Philippe Maestracci tente depuis de récupérer le tableau et assure n’avoir qu’une seule motivation « la mémoire de son grand-père ».

Face à un véritable imbroglio juridique, le tableau est toujours en possession des Nahmad. Pourtant le principal figurant de cette triste partie d’échecs, David, a précisé qu’il serait prêt à restituer l’œuvre si la famille de l’antiquaire arrivait à prouver sa filialité avec Stettiner…Selon la Tribune de Genève, le tableau serait peut-être dans un port franc genevois, parmi les centaines d’œuvres d’art de la famille Nahmad.

Sources et crédits photographiques : La Tribune de Genève/ Le Monde/BBC News/ News of the Art World

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