Parks and Recreation (2009-2015) : Itinéraire d’une série pas comme les autres !

Voilà, c’est terminé ! Après sept saisons (et 125 épisodes), l’excellente série de NBC créée par Greg Daniels et Michael Schur vient de livrer son final au terme d’une saison 7 pleine de nostalgie, mais toujours portée par un optimisme et une fraîcheur naïve, extrêmement communicative et revigorante. Ni cynisme, ni noirceur à l’horizon, Parks and Rec fonctionne comme bon nombre de séries comiques à succès des années 2000 (How I met your mother, Big Bang Theory) : elle repose avant tout sur des personnages attachants, aux caractéristiques propres et marquées ; à des situations qui servent un comique de répétition, de références ; à une communion parfaite entre les différents comédiens, ce qui doit ainsi créer un environnement propice à la nostalgie et à l’identification immédiate. Pourtant Parks and Rec semble surclasser largement la plupart de ses contemporaines, dont le modèle serait l’indétrônable Friends. Car, ce qui fait le charme unique de Parks and Rec, c’est une conjonction d’éléments disparates et souvent originaux.

Lorsqu’Amy Poehler quitte l’équipe du Saturday Night Live pour produire sa propre série à l’image de sa comparse Tina Fey avec 30 Rock (2006-2013), Poehler est déjà une des femmes les plus drôles de la comédie américaine, et la série ne cessera, dès lors, de bénéficier de tout son incroyable talent. Parks and Rec, c’est avant tout son projet (et son succès), et elle en sera le « garant » jusqu’à la fin, décidant elle-même d’y mettre fin. Très proche de l’humour proposé depuis des années par le SNL (improvisation, absurde, répétition, burlesque, punchlines, références culturelles, stand-up, caméo…), la série réunit tout simplement le meilleur casting de série comique de toute l’histoire de la télévision. La plupart des séries comiques contemporaines possèdent, généralement, entre deux ou trois atouts comiques de haute tenue (Scrubs, Mindy Project, How I met your mother, Community, Eastbound and Down, Girls…), c’est-à-dire, un comédien capable d’être à l’aise dans des registres comiques très différents : le running gag, le burlesque et l’improvisation. Dans Parks and Rec, il y en a le double : Amy Poehler, Adam Scott, Chris Pratt, Nick Offerman, Aziz Ansari et Audrey Plaza. Six comédiens aux registres comiques multiples et malléables, qui façonnent totalement l’humour si atypique de la série, lui donnant ainsi sa direction narrative. On est très vite saisi par la valeur de chacun de ces six comédiens, et leur apport personnel dans la création, absolument grandiose, de leur propre personnage (Leslie Knope, Ben Wyatt, Andy Dwyer, Ron Swanson, Tom Haverford et April Ludgate). Il est presque avéré que certains deviendront des stars internationales (Chris Pratt, Audrey Plaza surement), et que d’autres continueront à faire des merveilles dans le meilleur de la comédie américaine : Judd Apatow, Will Ferrell, Adam McKay, Chris Miller et Phil Lord (Aziz Ansari, Nick Offerman, Adam Scott), en attendant (peut-être) de pouvoir construire un autre projet d’envergure (Amy Poehler). Il apparaît évident que, ce groupe de comédiens a su créer une synergie et une osmose très singulières, y compris entre eux (voir les making-off, ils se retrouvent régulièrement dans les comédies américaines). Parler « d’esprit de famille » pour une série qui dépasse les cinq saisons, c’est toujours délicat, car il semble évident que l’identification fonctionne avec le spectateur (sinon la série serait annulée), et que les personnages se complètent parfaitement pour créer assez de capital sympathie (et d’empathie), et continuer de construire, et démêler leurs relations. Toutefois, lorsqu’on regarde les chiffres (ce qui est déterminant pour les networks américains), Parks and Rec obtient des résultats très mitigés par rapport à d’autres séries comiques du même acabit. Sa survie est due à l’incroyable foyer de fans qu’elle a su fédérer au fil des années, et qu’elle continue d’accroître par un excellent « bouche à oreille ». Si elle reste méconnue et inédite en France, c’est que son humour fait visiblement peur (trop large, trop abstrait peut être), que son manque de sérieux finit par lasser (les enjeux sont effectivement mineurs), et surtout qu’elle ne rentre dans aucune niche qui puisse permettre sa diffusion. A l’instar de Big Bang Theory, elle ne fait pas l’apologie de la culture geek et des nerds qui semblent être le nouveau dictat de notre époque.

Dans Parks and Rec, la « magie » opère et naît dans ce décor improbable, qui constitue l’univers de la série : la petite ville d’Indiana appelée Pawnee. Ville fictive par excellence, elle cristallise en effet tous les enjeux humoristiques et dramatiques. A Pawnee, tout relève du possible, le réel prend alors une forme d’imaginaire et de poésie, qui semble littéralement contaminer tous ses incroyables habitants. Et en matière de « surréalisme poétique », ils sont tous grandioses, car leurs défauts (humains) sont presque toujours aussi gros que leurs qualités (comiques). Ils sont facilement identifiables et très récurrents (tous les caméos, et autres guest-stars de la série sont excellents), mais cet aspect « hors norme » contraste avec leur simplicité affichée : ils ont des envies simples, qui cachent, cependant, une forme de folie absurde absolument délirante. Leurs caractères singuliers sont poussés à un extrême comique souvent magnifique : une déficience mentale, une bêtise humaine, un tic physique, tous les «détails » (corporels, mentaux) deviennent un moyen de créer et de susciter du rire. Ces singularités nourrissent et façonnent les rencontres, et les relations tissées entre tous ces personnages. Parks and Rec possèdent de très nombreux personnages (voir la saison 7 : sorte d’adieu continu sur 13 épisodes).
Pénétrer donc dans le quotidien des bureaux des parcs de Pawnee, c’est rentrer dans une communauté et un microcosme tout à fait fascinants, avec un au haut degré d’improbabilité. Le temps possède un rythme particulier à Pawnee, il semble « suspendu » au gré des missions (rarement passionnantes) qui façonnent les journées du personnel administratif du département « Parks and Recreation », que mène de main de maître Leslie Knope (Amy Poehler). Traduire le charme irrésistible de la série, s’apparente forcément à une tâche ardue, tant celui-ci passe par des détails, des private jocks, de subtiles répétitions, qui autorisent (et demandent) forcément plusieurs visions des épisodes (ce qui est plutôt bon signe pour une série). Il serait fastidieux d’énumérer des exemples précis de situations hilarantes, de décrire des gestes, des regards ou bien des attitudes de personnages qui, sans passer forcément par la parole (les registres comiques sont vraiment nombreux), restent longtemps ancrés dans les mémoires (il suffit de regarder les montages vidéo où les fans s’amusent à classer les meilleures scènes, ou répliques, de leurs personnages préférés). Si on finit, nous aussi, par avoir son « personnage préféré », on reste très surpris de s’identifier dans presque tous les personnages principaux (voire secondaires), et de retrouver, ne serait-ce qu’une facette de sa personnalité, dans l’un d’eux. La série a d’ailleurs très bien compris que son intérêt majeur réside dans la qualité globale de ses « héros », et qu’elle n’a donc aucune raison à resserrer l’intrigue, en faveur d’un personnage en particulier. Elle laisse ainsi le temps à chacun de s’exprimer, d’exister pleinement, et de pouvoir durer dans le temps. Si Parks and Rec utilise comme ligne directrice la carrière de Leslie Knope, les créateurs prennent un soin tout particulier, à construire des personnages « secondaires » de très grande qualité. Chacun des «héros » se voit ainsi offrir une progression à taille humaine, ou plutôt à l’échelle de la ville de Pawnee ; il n’y a donc rien de spectaculaire ou de forcément original, seul l’humour est source de projection et d’avancement dans cette aventure (placer un personnage dans telle ou telle situation engendrera telle ou telle scène de comédie).

Par la fable, sorte de « bulle » fantaisiste aux élans burlesques et absurdes, Parks and Rec assume sa constante ambivalence, entre un réalisme référencé très contemporain (référence culturelle, politique et sociale), et une atmosphère surréaliste aux personnages cartoonesques , à la vision souvent simple et naïve (on pense d’ailleurs à Pleasantville (1998) de Gary Ross, voir à certains personnages de Robert Altman ou Paul Thomas Anderson). Ce qu’on retient au final de cette série, évidemment pas grand-chose, mais plus des bribes de scènes prises par-ci, par-là, des répliques savoureuses, ou seulement des expressions improbables de visages. On retient, par contre, ces personnages hauts en couleur, ces individus dont on a aimé suivre le quotidien durant de longues années. Le sourire nostalgique qui nous gagne lors de cette dernière saison, révèle bien la teneur affective que procure Parks and Rec chez son spectateur assidu (elle sait comment lui rendre hommage à lui aussi). On est triste que cela se termine, mais on est heureux d’avoir connu de tels personnages. La série s’arrête probablement au meilleur moment, à son sommet pourrions-nous dire, ce que d’autres n’ont finalement pas su faire ; elle restera ainsi comme l’une des plus belles découvertes télévisuelles (la découverte de pleins de comédiens géniaux comme Rashida Jones et Rob Lowe) et probablement, à mon humble avis, comme la plus drôle du XXIème siècle.

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