Pas Pleurer – Lydie Salvayre (2014)

Je suis désolée, mais cette semaine encore je ne vais pas parler d’un événement hyper comique. On aurait tous bien besoin de rire et de se rappeler que tout n’est pas noir dans l’humain. Mais après avoir parlé de Johnny s’en va en guerre, donc de la Première Guerre mondiale, puis de Charlotte et l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ben je continue dans l’horreur. Je passe par l’Espagne et la chouette période entre 1936 et 1939, la Guerre Civile Espagnole. Promis la prochaine fois, j’essaierai de vous faire un peu plus rire.

Lydie Salvayre rapporte le récit de sa mère, Montse, témoin des atrocités de ce conflit. Dans Pas Pleurer, elle recoupe ce témoignage précieux et fait vivre cette Espagne troublée, perdue et blessée. Elle remporte le Prix Goncourt 2014, mais surtout, beaucoup plus important, mon estime.

Le livre est marqué par une logorrhée verbale. Un flot de paroles ininterrompu. L’auteur, qui est la narratrice, doit faire tenir dans un livre à la fois de nouvelles idées, qui émergent (marxisme, anarchisme) dans l’Espagne de 1936 chez les plus jeunes, et la mort d’une Espagne traditionnelle. Sans oublier le sujet central, la lutte entre les nationaux de Franco et tous les autres. Il y a aussi la question de l’Eglise qui se rallie aux nationaux et cautionne les meurtres commis au nom de la grande Espagne.

Une marée d’idées et de changements est traduite par une absence presque totale de forme. Les phrases peuvent s’arrêter soudainement, sans ponctuation. Il n’y a pas de transcription des dialogues. L’auteur semble s’être fait avaler par une quantité phénoménale de courants différents. Imaginez une main en train d’écrire sans pouvoir s’arrêter ou se reposer.

L’espagnol se mêle au français et donne l’impression de revenir à chaque fois dans le passé (en 1936, en Espagne) et au présent, en France, au moment de l’écriture du livre.

Mais tout ceci ne me dérange pas et au contraire, je suis toujours aussi admirative de voir comment la forme peut se mettre au service du fond. Un peu comme dans Charlotte de David Foenkinos.

C’est intelligemment et joliment écrit. Les personnages sont secondaires et sont juste porteurs d’idées et d’idéaux, les vrais sujets du livre.

Pas Pleurer me fait penser à un roman graphique très connu qui évidemment, traite d’un sujet encore léger, la Seconde Guerre mondiale. Ce roman c’est Maus de Art Spielgman. On y retrouve l’enfant qui cherche à savoir, le parent qui raconte, et les événements tragiques qu’il ne faut jamais oublier.

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