Paul Kaptein : Enter the Void

Relativement peu visible en ce moment dans le monde de l’art contemporain, la sculpture sur bois reste cependant, une activité en pleine expansion, qui se réinvente chaque jour pour mieux coller aux phénomènes sociaux et artistiques. Notre artiste d’aujourd’hui, est un véritable patron dans l’art (subtil) de la création sur bois. Pour Paul Kaptein une journée réussie c’est ça : choper un bloc de bois de préférence immense, réunir ses croquis, affuter ses ciseaux à bois et ses rifloirs (des petites râpes pour les détails vraiment petits), et faire valser les copeaux.

Travail bluffant entièrement réalisé à la main, il joue sur les effets de matière (cuir, coton, peau, acier, os etc..) avec une précision presque irréelle, en gardant un œil très contemporain sur son travail (la mode, les nouvelles technologies, les objets du quotidien..). Le bois travaillé est un bois relativement banal, et utilisé le plus souvent dans l’industrie, par exemple pour fabriquer des caisses et des meubles. Ce qui va changer c’est le format. Ici on quitte le monde d’Ikea pour un retour aux sources, aux vrais troncs bien massifs qui en imposent. L’artiste le reçoit dans son atelier. Et comme un sculpteur sur pierre, il va tourner autour de son bloc pour le dégrossir, et lui donner la forme voulue, on parle içi d’une petite centaine de kilos pour certaines pièces. Si on analyse son travail, on s’aperçoit très rapidement que Paul Kaptein joue sur la matérialité et son opposé, pour donner un champ de réflexion assez vaste au spectateur. Ok le rendu est fou, mais si on prête attention, on voit que toutes ses sculptures comportent des espaces vides, des manques. Que ce soit fait à travers la matière, dans une sorte d’anamorphose ou par absence d’un élément important, il parvient à apporter un discours raffiné, entre le naturel et l’imaginaire. Elément vivant, le bois est communément lié à la vie et la représentation de la Nature, et pour aller plus loin il est le lien entre la terre et le ciel. Non ce n’est pas hippie c’est de la science : arbre = graine planté dans un sol organique et minéral + photosynthèse avec le CO2 présent dans l’atmosphère et les rayons du soleil. Voilà pour C’est pas Sorcier.

Donc pour en revenir à notre sculpteur, le fait de mettre du vide dans ses œuvres est la clé pour passer d’une vision simpliste d’une œuvre à une interprétation plus ouverte sur l’espace qui l’entoure, et des symboles que cela véhicule. Le vide dans cette série est synonyme d’un certain dynamisme, à la fois de l’esprit et des yeux. L’esprit imagine et s’interroge, pendant que les yeux traversent l’œuvre de part en part pour obtenir une image globale des différents plans qui composent le cadre de l’ouvrage : la frontalité avec la matière a tendance à diminuer, et la sculpture se fait plus légère grâce à l’intervention des jeux de lumières.

A la fois poétique et fascinant, le travail de Paul Kaptein est plus fin et plus « intelligent » qu’en apparence, et on peut le dire franchement, d’une très grande beauté. Pour les français qui zonent en Australie en ce moment, il expose à la Bankwest Art Gallery de Perth. Pour les autres, son site internet vous permet de vous régaler en ne bougeant pas de chez vous !

Site de l’artiste

Crédits photographiques : Paul Kaptein / Bankwest Art Gallery

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