Performance, photographies et livres à la Galerie Dix9

Une fois n’est pas coutume, on vous parle aujourd’hui, entre autre, d’une performance d’artiste. Vendredi 12 février, l’artiste Skall a réalisé sous les yeux d’un public conquis, une performance éprouvante et intense. Pour l’occasion, Hélène Lacharmoise avait mis la Galerie Dix9 à disposition de l’artiste.

Skall, un artiste étrange et sophistiqué

Skall, performer, vidéaste, sculpteur et même photographe, est un artiste quelque peu « touche à tout ».  La douceur, la précision, ainsi que la sophistication qui émane de ses sculptures, dénotent par rapport à ses photographies et performances plutôt physiques et éprouvantes.

Retracer une performance artistique minute par minute n’aurait pas de sens, puisqu’il s’agit avant tout de vivre l’instant aux côtés de l’artiste, de ressentir une énergie, une force. Toutefois, parce que vous êtes gentils, je vais quand même vous parler des moments forts de cette performance, qui a réussi à mettre nos sens en éveil.

Après s’être installé au centre d’un triangle fermé, grâce à de la cellophane, Skall, sur un fond de musique aux sonorités indiennes et pour le moins apaisantes, allume des bâtonnets d’encens disposés sur des pommes. Au fur et à mesure de sa performance, l’artiste se dévêt et s’enroule petit à petit de cellophane tout en plaçant les fruits sur son corps et sa tête pour symboliser le corps d’une femme et une couronne. La cellophane, de par sa blancheur, donne au fur et à mesure, l’aspect d’une robe et d’un voile de mariée à ce vêtement de fortune.

Puis, après s’être chaussé d’élégants escarpins rouges pailletés, l’artiste commence alors à détruire, à déchirer violemment ce vêtement, ainsi que le mur de cellophane qui l’entoure et l’enferme dans cet espace restreint. La vue, l’ouïe, mais aussi l’odorat sont sollicités chez le spectateur, qui suit avec attention cette destruction des éléments qui entourent l’artiste, et finalement pourquoi pas, cette renaissance (on vous laisse le choix dans l’interprétation) de ce dernier.

Pour terminer, après ce passage éprouvant de la destruction, du déchirement, de la renaissance, l’artiste finit par se retrouver nu, allongé par terre et enroulé dans cette matière grinçante, sur fond d’odeur d’encens omniprésente dans l’espace de la galerie. Son dernier geste sera celui de la dégustation d’une pomme dans une position lascive plus ou moins proche de celle d’une « odalisque » de Boucher. On vous laisse réfléchir… 

Un mélange des genres

Cette performance a donc pris place aux côtés des œuvres photographiques de Sébastian Riemer actuellement exposées et ce, jusqu’au 20 février prochain sous le titre « De l’authentique aujourd’hui ».  A priori, rien ne lie ces deux artistes, à part un respect mutuel pour leur travail respectif. Néanmoins, comme le souligne la galeriste Hélène Lacharmoise, « les deux artistes mènent une certaine recherche de l’esthétique qui finalement se retrouvent et communiquent ensemble ».

Le photographe présente un travail axé autour de la danse, en s’interrogeant sur l’authenticité des images à travers une recherche plastique précise. Il met en parallèle des photographies de presse, en noir et blanc, de danseurs, avec des prises de vue de temples en ruine. 

Pourquoi la danse ? Tout simplement parce qu’elle a toujours fait partie de l’histoire de la séduction au sein même de l’histoire de l’art. Mais également parce que la photo de la danse devient, pour Riemer, un fragment de mouvements figés par la technique. De plus, la photographie a servi à mettre en scène une vie quotidienne, notamment au XIXème siècle, afin de créer de toutes pièces une certaine idéologie comme celle du « bon sauvage ». C’est ce qui ressort de la photographie d’une magnifique vahiné tahitienne, en train d’effectuer ses pas de Ori (la danse) en paréo, avec d’- imposantes couronne et ceinture de fleurs. 

Comme l’analyse Gerard A Goodrow, critique d’art et curateur, « avec ses appropriations de photographies vintage retouchées, l’artiste fondamentalement conceptuel remet en question le rôle traditionnel de la photographie comme porteur et émetteur de vérité objective. »

Le livre à l’honneur

L’exposition dédiée au travail de Sébastian Riemer sera suivie, dès le 12 mars prochain, par une exposition de groupe intitulée « Mémoires de Livre ».

Présentant le travail de 7 artistes dont Marie Aerts, ou encore Medhi-Georges Lahlou, Hélène Lacharmoise met à l’honneur le Livre en tant qu’objet culturel lié à l’histoire humaine. C’est à travers lui que vivent la mémoire, l’imagination mais surtout l’écriture.

Ainsi, les artistes se sont appropriés cet objet sous plusieurs formes, ensemble de dessins pour l’un, livre intime pour l’autre, ou encore supports de questionnement de pouvoir et de croyance, afin d’offrir des manifestes à sa mémoire. « Comme une ode à la magie de la page ». 

Une exposition qui s’annonce riche et toute en subtilité, à découvrir du 12 mars au 9 avril à la Galerie DIX9.

Infos pratiques

Galerie DIX9 – 19 rue des Filles du Calvaire – 75003 Paris
Mardi au vendredi de 13h à 19h
Samedi de 11h à 19h et sur RDV

 

Crédit photo : Skall / Sébastian Riemer / Galerie Dix9

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