« Persona », la nouvelle exposition « étrangement » surprenante du Quai Branly

A l’occasion de son dixième anniversaire, le musée du Quai Branly propose, jusqu’au 13 novembre, une toute nouvelle exposition consacrée à l’art et à l’intelligence artificielle.  A travers un ensemble de 230 œuvres, l’exposition met en avant amulettes, robots ou encore automates, tous plus ou moins « étrangement humains ».

Visite guidée

L’humain et non-humain

Après avoir gravi la rampe qui mène à la mezzanine ouest, une exposition bien étrange et curieuse nous attend. Comment en est-on arrivé à mêler Arts Premiers et avancées technologiques ? Les commissaires de l’exposition – Emmanuel Grimaud et Anne-Christine Taylord-Descola – ont souhaité, à l’heure des débats sur les transhumances humaines et l’intelligence artificielle, soumettre aux visiteurs plusieurs questions, qui les invitent à réfléchir sur les frontières entre l’humain et la part d’humanité qu’ils injectent dans ces objets. De plus, ils ont voulu offrir une relecture des œuvres présentées : comment l’art fait-il venir les présences ? Ainsi, un véritable questionnement est mené sur ce sujet, que ce soit sur les mécanismes des sociétés et cultures les plus ancestrales, aux sociétés les plus contemporaines. 

Le visiteur sera donc invité tout au long de son parcours à découvrir, et à s’interroger sur les paramètres de perception, que nous avons tous développés, qui nous poussent à voir une personne dans un artefact et, à créer et entretenir une relation particulière avec ce dernier. 

Toc, toc, toc !

Dès le début de l’exposition le ton est donné. Le visiteur est accueilli en personne par l’Homme invisible. Et oui ! Rien que ça ! Homme invisible qui clame haut et fort qu’il est bien réel. La première partie de l’exposition intitulée « Il y a quelqu’un » nous emmène sur le terrain de la réflexion de ce qu’est une persona : ébauche d’une forme, une silhouette (comme le magnifique et spectral Man Homo Luminoso en fibre optique de Roseline de Thélin), une sonorité, ou encore un monolithe anthropomorphe.

La première question, soulevée par cette exposition, est celle de l’attribution du statut de personne à des entités quelles qu’elles soient, lorsque l’humain se retrouve dans l’incapacité de percevoir les caractéristiques précises de la personne.

Dès lors, vous découvrirez qu’il ne peut y avoir d’espace sans personne (on n’en dit pas plus). 

L’invisible

La deuxième partie de cette exposition se consacre, quant à elle, à l’invisible. Vous voyez le genre : les fantômes, les extra-terrestres ou autres divinités. L’invisible a sans cesse passionné l’homme, au point que ce dernier développe des techniques, et des pratiques, destinées à saisir ces diverses présences.  En effet, la présence a pu être constatée mais elle continue néanmoins d’échapper, par malice, à l’humain et ne se laisse pas capturer.  C’est, notamment, le cas pour certaines divinités hindoues, ou papoues, qui peuvent être ici ou là, et échappent alors aux artefacts confectionnés par l’homme. 

Vous découvrirez alors une pièce qui nous a beaucoup amusés, et qui devra désormais faire partie des ustensiles indispensables de tout chasseur de fantômes qui se respecte : La Valise de Ghost Hunter, et son abécédaire, comprenant du talc, un stéthoscope, une lampe torche, d’un cutter et autres substances chimiques. Vous aurez compris son utilité, pas besoin d’explication. On reste en revanche un peu plus sceptique quant à l’efficacité des outils et accessoires présents dans cette valise !

Une autre découverte intéressante sera celle de la machine de Thomas Edison pour parler aux morts. Le scientifique de renom, consacra les dix dernières années de sa vie à la fabrication de cette machine qui intercepte, et amplifie toute forme d’énergie.  Ce « nécrophone » permettrait de détecter les dernières paroles d’un être vivant, avant que celui-ci ne voit ses « unités de vie » se disperser (ah ben ça reste quand même un peu scientifique !). 

De quoi voulons-nous nous entourer

Les deux dernières sections de l’exposition nous amènent aux frontières de l’étrange et de la répulsion : automates, prothèses, marionnettes du Vanuatu, ou cimiers, sont là pour nous pousser à nous interroger sur notre façon d’apprivoiser, rejeter, ou ignorer ces artefacts. Sur fond de théorie scientifique, celle du roboticien Masahiro Mori, le visiteur explore son empathie à l’égard de ces objets. 

Enfin, le dernier temps de l’exposition prolonge la question de l’empathie à travers une « maison-témoin », proposant au spectateur de faire son choix parmi les créatures qu’il accepte, ou accepterait, au sein de sa propre maison, et par conséquent, au sein de sa propre famille. 

La Love Doll, poupée de compagnie japonaise, est un bon exemple de cette immersion des robots au sein de nos familles, ainsi que des tensions qui existent entre l’humain et ces créatures. 

Une expo étrangement dingue ?

Pour ses dix ans, le musée du Quai Branly nous propose donc une sorte de révolution avec cette exposition ludique, complètement à l’opposé des habituelles et trop classiques rétrospectives. Ici vous vaquerez de salle en salle, en revenant en arrière, parfois pour lire un cartel ou revoir une œuvre, ou vous rendre compte que vous êtes suivis par un robot……Petit plus de l’exposition qu’on vous laisse découvrir. 

Pour faire bref, cette exposition marie habilement Arts Premiers et robotique (il fallait oser !) et devient un véritable terrain d’expérimentation pour attiser notre curiosité, et cela, sans nous donner volontairement les réponses. A chacun de faire son choix et de « tester » ses propres réactions. 

Autant vous dire qu’une exposition nous a rarement surpris de la sorte, et qu’il ne faut donc pas la rater !

« Vingt-sept ou vingt-huit mouvements, au plus, constituent déjà une rare personnalité » – Villiers de l’Isle d’Adam – on vous laisse méditer. 

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