PhotoQuai met l’humanité à l’honneur

Sur les rives de la Seine, à quelques pas du musée du Quai Branly, l’exposition PhotoQuai met en lumière le travail photographique de quarante artistes originaires du monde entier. Une plongée fascinante dans des regards novateurs et des cultures étrangères.

« We are family » 

Pour la cinquième année consécutive, le musée du quai Branly s’installe près de la Seine et propose au public de venir découvrir sa biennale des images du monde. La mission affichée de cette exposition ouverte à tous est de mettre en valeur, et de faire connaître des artistes du monde entier (Afrique, Asie, Océanie et Amériques), dont l’œuvre reste inédite ou peu connue en Europe. Les visiteurs sont invités à se balader librement dans l’espace d’exposition en plein air. La scénographie du designer Patrick Jouin, toute en ruptures, encourage le vagabondage au détriment d’un parcours linéaire classique.

Quarante photographes ont été sélectionnés cette année pour illustrer le thème « We are family ». Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, Photoquai ne s’intéresse pas aux liens familiaux traditionnels, loin de là. Stéphane Martin, président du musée du quai Branly, l’explique bien dans le dossier de presse de l’exposition : « Ce n’est pas dans le sens traditionnel qu’il faut comprendre le mot, et de « photo de famille » il sera assez peu question. Ce qu’illustrent les artistes exposés cette année sur les bords de Seine (…) c’est plutôt la volonté de se réunir pour former une communauté ». Ici, la famille doit donc être prise au sens large. Ce thème avait déjà été exploité par Edward Steichen en 1995 au MoMA de New-York avec l’exposition « The Family of man ». Déjà, il s’agissait de présenter « une photographie de l’humanité ».

Nos dix coups de cœur 

- Luis Arturo Aguirre (Mexique)

 Ses photographies de travestis, la plupart du temps des hommes au buste plat portant bijoux, maquillage et perruques, fascinent et interrogent. Sa série de portraits, intitulée « Desvetidas », fait pénétrer le visiteur dans un monde peu connu qui met mal à l’aise autant qu’il questionne. Ses sujets sont tous pris en photo sur un fond neutre identique, ce qui met d’autant plus en valeur leurs spécificités les uns par rapport aux autres.

artctualite-photo1

© Luis Arturo Aguirre – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Chulsu Kim (Corée du Sud)

Ce photographe coréen endosse le rôle du chasseur d’images, seulement équipé d’un iPhone. Il erre dans les rues de Tokyo à l’affût de rencontres fortuites prises sur le vif. Il se dégage de ses photographies une grande spontanéité qui donne à voir des fragments de vie. Au détour d’une rue, l’expression d’un visage ou la position d’un corps révèle une sensibilité rare.

artctualite-photo2

© Chulsu Kim – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Juan Pablo Echeverri (Colombie)

« Jouer avec mon apparence et revêtir celle des autres est devenu le moyen de refléter ma vision du monde. Je suis fasciné par la manière dont les gens se fabriquent une image ». Cette citation de l’artiste résume à elle seule tout son travail de travestissement. Avec sa série « Supersonas » (2011), il endosse des costumes de super-héros, de Batman à Hulk. Ses transformations physiques impressionnantes de réalisme donnent vie à l’univers des comics  qui remporte l’adhésion du grand public ces dernières années.

artctualite-photo3

© Juan Pablo Echeverri – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Maika Elan (Vietnam)

Petit aperçu de la vie quotidienne de couples homosexuels vietnamiens, dans l’un des rares pays d’Asie du Sud-Est où le mariage entre personnes du même sexe est autorisé. « The Pink Choice » (2011-2012) a obtenu l’année dernière le Prix World Press Photo dans la catégorie « Notre époque ». En captant des moments d’intimité pleins de grâce et d’abandon, la photographe met des images sur une réalité souvent occultée.

artctualite-photo4

© Maika Elan – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Luisa Dorr et Navin Kala (Vietnam)

La série « The Self Promenade » (2014) pourrait s’apparenter à l’illustration véridique de l’époque narcissique dans laquelle nous évoluons. Les photographies montrent des vietnamiens et des vietnamiennes se prenant eux-mêmes en photo avec leurs smartphones. L’avènement de la personnalité, et de l’auto-estimation de soi, prend toute sa dimension à travers ces photographies qui remettent en question l’image que nous renvoyons de nous-mêmes.

artctualite-photo5

© Luisa Dörr & Navin Kala – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Darsung Lee (Corée du Sud)

L’impact du réchauffement climatique sur l’une des iles du golfe du Bengale est dénoncé par cet artiste coréen avec la série « On the shore of a vanishing island » (2011). En mettant en scène des personnages solitaires sur ces fragments d’ile qui s’effrite lentement, le regard au loin, il pose la question de l’avenir du monde et de l’humanité. Une grande poésie s’en dégage.

artctualite-photo6

© Daesung Lee – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Siaka S. Traoré (Burkina Faso)

Avec « Sunu Seet » (2013-2014), ce photographe burkinabé rend un hommage fort aux performances de rue. Les danseurs urbains qu’il photographie en mouvement, dégagent une grande liberté artistique. L’esthétique léchée des photographies donne à voir des scènes de vie d’une grande beauté.

artctualite-photo7

 © Siaka S. Traoré – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Raphaela Rosella (Australie)

La photographe australienne livre des fragments d’histoire de femmes élevant seules leurs enfants. La dignité, la douleur, la joie passent successivement sur le visage de ces femmes souvent blessées par la vie. Trois séries de photographies sont présentées ici : « We met a little early, but I get to love you longer »  (2011) ; « You didn’t take away my future, you gave me a new one » (2012) ; « You’ll know it when you feel it » (2014).

artctualite-photo8

© Raphaela Rosella – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Hanif Shoari (Iran)

Que ferions-nous aujourd’hui sans nos smartphones et nos ordinateurs portables ? De quoi avons-nous l’air, les yeux toujours rivés sur un écran, seuls ou accompagnés ? « Technology in bed » (2014) nous renvoie une image de nous-mêmes qui fait presque peur : serions-nous devenus ces êtres individualistes, coupés du reste du monde à force de vivre scotchés à nos écrans ?

artctualite-photo9

© Hanif Shoaei – musée du quai Branly – Photoquai 2015

- Joana Choumali (Côte d’Ivoire)

Dans d’anciennes tribus ivoiriennes, les scarifications étaient un signe de noblesse mettant en valeur le rang d’une personne au sein de la communauté. « Haabré, la dernière génération » (2013-2014) est une série de portraits sur fond uni qui rend hommage à cette tradition tribale peu connue. Ces visages scarifiés et marqués par le temps sont l’image d’un monde révolu qui interroge et qui, étrangement, séduit par sa beauté si particulière.

artctualite-photo10

© Joana Choumali – musée du quai Branly – Photoquai 2015

Les commentaires sont fermés.