Picasso Mania ?

Le Grand Palais propose jusqu’au 29 février 2016 une exposition autour de l’artiste Picasso.

L’exposition s’attache à montrer l’influence qu’a eue Picasso chez de nombreux artistes depuis les années 1960. Si l’on pense, dans un premier temps, voir exposés, ici, les héritiers de l’artiste, il n’en est rien.

L’exposition chronologique et thématique propose un nombre impressionnant d’oeuvres, venues du monde entier. L’exposition s’attache à étudier chaque période de la vie de l’artiste sous plusieurs thématiques. Nous allons donc voir le cubisme, puis la période des Demoiselles, celle de Guernica, la période Pop…

Le maître Picasso…

On peut penser Picasso comme figure mythique de l’histoire de l’art. Il est un artiste comme il en existe peu, et c’est ce que souhaite mettre en avant l’exposition. Afin de bien comprendre qu’il sera le sujet principal, (des fois qu’on l’oublie !), l’exposition ouvre sur un autoportrait de 1901. Picasso fascine avec son œuvre, oui mais également avec sa personne. Il est un personnage hors norme qualifié de génie. On traite ensuite de la période cubiste. On peut alors découvrir les corps déformés, les matériaux bruts, on pense forcément à Georges Braque. Il est aussi très important de voir l’aspect politique de l’oeuvre du maître. En 1936 Picasso sera nommé directeur honoraire du musée du Prado, avant le début de la guerre en Espagne.  Guernica est née l’année suivante. Picasso se sert de la peinture pour dénoncer les holocaustes, les massacres, la guerre, la barbarie parce que l’art « c’est une arme offensive et défensive contre l’ennemi ». On comprend alors mieux son implication, et les oeuvres présentées nous permettent de voir que Picasso a clairement laissé derrière lui l’importance de l’artiste à communiquer sur les maux de la société, pour  s’impliquer dans la vie sociale de son temps. Afin de comprendre l’influence laissée par Picasso, on peut admirer, à ce propos, Who’s affadi of the big bad wolf ? d’Adel Abdessemed. Les teintes sont sombres, l’oeuvre est composée d’une multitude d’animaux tous mêlés les uns aux autres, ils sont brûlés. Lui aussi, comme Picasso, dénonce les maux de notre monde. On comprend alors l’héritage du maître.

… et les autres

On a le plaisir d’apprécier des oeuvres de David Hockney. Plus jeune, alors qu’il avait visité l’exposition rétrospective de Picasso à la Tate Gallery près de 8 fois, il avait été sous le charme de l’artiste car celui-ci pouvait manier tous les styles et toutes les techniques. David Hockney va se servir de la photographie pour revenir sur le cubisme, une période de l’art très importante selon lui. Il découpe des paysages, les assemble, il joue avec les couleurs et les formes, les reliefs et les textures. Comme une nouvelle forme de cubisme, plus contemporaine. 

Plus loin on découvre Jasper Johns s’inspirant du travail de Picasso. Il s’intéressera à un livre qui traite du travail du maître en y incluant des photographies. Jasper Johns se lancera alors dans la réalisation d’un cycle de peintures, Summer, et on reconnait distinctement l’ombre masculine. Dans l’oeuvre de Johns on trouve beaucoup de symboles rappelant Picasso, mais également Duchamp. Tout se mélange.

Ensuite, on ne peut passer à côté du parallèle entre l’oeuvre de Picasso et celle de Martin Kippenberger. Dans les deux oeuvres, un homme apparait de manière frontale, torse nu, bras près du corps, en petite tenue. Martin Kippenberger s’intéresse beaucoup à l’image du peintre et va, au cours de sa carrière, détourner des images de Picasso afin de connaître l’influence réelle qu’a laissée le maître derrière lui. Martin Kippenberger s’identifie véritablement à Picasso, et réfléchira longtemps au lien qui l’unissait au peintre. Il ira jusqu’à peindre des clichés pris par Picasso, en disant « je reprends son boulot ».

Il est également question de faire une comparaison entre l’oeuvre de Picasso et celle de Jean-Michel Basquiat. On étudie donc Seated Musketeer holding a sword et Untiltled (Pablo Picasso). Sur les deux oeuvres est présent un personnage qui s’impose à nous, coiffé d’un énorme chapeau. Ce que va retenir Basquiat afin de peindre son oeuvre, c’est la liberté de la touche de Picasso, ainsi que son intérêt connu pour la peinture africaine. Basquiat reprend le motif de la marinière, et nous fait ainsi comprendre qu’il s’identifie et se représente en Picasso. Il n’essaye pas de se grimer en Picasso, non, il souhaite nous faire comprendre qu’il a intégré certaines caractéristiques du peintre, et qu’elles sont désormais en lui.

Less is more?

L’exposition propose de faire des liens entre de très célèbres oeuvres de Picasso, reproduites, ou qui ont inspiré de nombreux artistes depuis 1960. Tous les médiums le suivent. Sculpture, peinture, photographie, vidéo… A l’inverse de l’exposition « Picasso et ses maîtres », on pensait ici voir les héritiers directs de Picasso, or ce que l’on nous donne à voir ce sont tous les grands noms qui se sont inspirés de Picasso, à un moment précis. Il faut parcourir les 15 salles de l’exposition, et surtout prendre le temps de digérer tout ce que l’on a vu. Les oeuvres présentées sont toutes accrochées les unes à côté des autres, comme le faisait Picasso dans son atelier. 

On pourrait se dire que c’est un peu fouillis, qu’on ne comprend pas trop le propos, qu’il n’est pas clairement défini. On pourrait rester sur cette impression de trop, de surplus, cette impression d’être étouffé par tant d’oeuvres. On pourrait se dire qu’il manque Guernica et les Demoiselles d’Avignon… Et pourtant, on est un peu scotché d’avoir pu comparer Picasso à Roy Lichenstein ou à Jeff Koons. C’est impressionnant de voir à quel point Picasso ne se range pas dans une case, impressionnant de voir que l’artiste n’est pas classable, ou qu’il est presque impossible de l’expliquer. Picasso a compris l’art et a su jouer avec toutes ses formes, tous ses codes et ses techniques. De nombreux artistes ont eu un réel coup de coeur pour lui, et son oeuvre leur a permis d’avancer ou d’aller encore plus loin.

C’est une exposition réussie, mais il faut y aller en ayant clairement plusieurs heures devant soi, sinon le parcours est indigeste et on ressort perdu. Il faut réellement prendre son temps, comprendre le but et le message de chaque salle. Il faut, aussi, prendre le temps d’analyser chaque œuvre, et de prendre la peine de voir les liens existant entre les oeuvres, d’essayer de voir les fils conducteurs. Certes, c’est une exposition où tout ne nous est pas servi sur un plateau, mais finalement, n’est-ce pas mieux ? N’est-il pas plus plaisant de devoir réfléchir, chercher, et de ce fait, découvrir ou redécouvrir certaines oeuvres ?

Une exposition à ne pas manquer en tout cas !

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