PNL ou le syndrome du bruit pour rien

C’est le jour J. Désormais, il faut arrêter d’ériger chaque nouvel artiste au statut de « nouveau prince de quelque chose », « relève de ceci » ou encore « souffle que nous attendions ». Dernièrement c’est l’album de Nekfeu qui avait rendu les médias totalement dingues, médias qui oubliaient de relativiser, et auraient suivi notre ami Ken partout, simplement pour obtenir une photographie, ou un peu de salive histoire d’avoir de l’ADN dans une fiole en guise de souvenir.

Aujourd’hui, nous vous parlons de PNL, et si l’impression d’arriver après la bataille n’est pas illogique, notre point de vue est mesuré, contrairement à d’autres qui donnent l’impression d’aimer tout et n’importe quoi, parce que c’est tendance, ou tout simplement de bon ton d’apprécier ce qui est original. Certes, il y en a de l’originalité chez PNL, dans la forme, le fond quant à lui est identique à ce que nous trouvions mauvais chez les autres auparavant.

PNL c’est quoi ? C’est un duo de mecs musclés, mais pas trop, qui rappent et tournent leurs clips dans des cités mais pas que. PNL n’est pas l’acronyme de « programmation neuro-linguistique », loin de là mais de Peace N Lovés, deux frères originaires de Corbeil-Essones, Ademo et N.O.S. Après un précédent E.P, leur premier album Le Monde Chico est à peine disponible que tout le monde se l’arrache, et présente les frangins comme « le groupe à surveiller ».

Au premier coup d’œil on se dit que les types ne font pas les choses à moitié, la production est clairement soignée que ce soit au niveau du son ou de l’image. Un clip au cœur de la Scampia, un quartier populaire de la banlieue de Naples connu par les fans de la série Gomorra, un autre en Islande aux cotés de la carcasse d’un avion de l’US Navy. PNL ne manque pas de moyens et, il est vrai, que les images sont vraiment belles. L’originalité se poursuit dans la dimension instrumentale des morceaux. Un son travaillé, une lenteur planante  aux frontières du psychédélique, quelques légers riffs de guitares qui s’ajoutent à un tapis sonore, teinté de reverb, qui donne justement cette impression d’écho. Autant d’effets qui participent à la création d’une ampleur sonore permanente, il n’y a plus qu’à rajouter la voix de n’importe qui, si tant est que le vocoder soit fonctionnel.

Un texte d’Oxmo, Akhenaton ou Solaar et c’était effectivement la révélation de l’année, il n’en est rien. Une nouvelle fois on tourne en rond avec les mêmes thèmes habituels : la violence, la drogue, la défense d’un territoire et d’un buisines, encore de la drogue, un peu de sexe et surtout une vulgarité excessive qui en devient réellement lassante. Ce qui chagrine particulièrement c’est de voir une horde d’individus, casquette vissée sur la tête, vanter les mérites du cannabis et de la violence, aux côtés d’enfants fiers d’être dans un clip dont ils reprendront sans doute le modèle plus tard. Il ne s’agit pas ici de dire que tous les rappeurs sont mauvais et que « c’était mieux avant », mais plutôt de s’interroger sur la plus-value d’un joint, d’une roue arrière en scooter, et d’un survêtement du Paris-Saint-Germain dans le clip d’un titre qui finira par se plaindre du système politique français. La vie est dure, personne ne m’aide, on ne s’intéresse pas à moi, c’est pour ça que je fume dans ma cage d’escalier avec mon survêtement à 150 euros.

PNL est loin d’être un groupe mauvais, le potentiel est grand, il s’agit simplement de l’expression d’une grande déception. Un déferlement médiatique pour deux rappeurs inexistants sans un transformateur vocal, et dont la pauvreté des paroles est ahurissante. Applaudissons l’ingénieur du son, le compositeur et le réalisateur du clip, ce sera amplement suffisant.

Crédit photo : from-paris.com

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