Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – Patrick Modiano

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier est le nouveau Modiano que tout le monde achète parce que il faut avoir lu quelque chose du nouveau Prix Nobel de littérature (surtout s’il est français). Publié aux Éditions Gallimard, il est sorti le 2 octobre. J’avoue que c’est le premier livre de Modiano que je lis et en cela, je suis plus calée que notre ministre de la Culture. Rien que ça.

Modiano nous propose de suivre Jean Daragane dans sa quête d’oubli mais aussi de recherche de son passé. Son enfance particulière l’empêche d’avoir une vie d’adulte tournée vers le futur. L’histoire commence lorsqu’un un homme contacte Jean pour lui parler de personnages qu’il a connu enfant, le replongeant ainsi dans sa quête de souvenirs.

C’est un récit court et fou. Fou parce que le lecteur est sans cesse renvoyé dans le passé et le présent du personnage. Il est très facile de se perdre, et de ne pas comprendre pourquoi Jean parle de chercher une femme qu’il n’a pas vu depuis des années alors qu’il vient juste de la quitter. Le principe des analèpses et prolèpses est troublant en ce qu’ils sont très nombreux, et c’est au lecteur de faire un gros travail pour comprendre où il en est.

L’évolution de ce phénomène est très subtil. Modiano introduit deux personnages au tout début qui semblent être la clef de l’intrigue, mais au fil des souvenirs on se rend compte qu’ils n’interviennent plus du tout. Ils n’étaient qu’un prétexte pour introduire des noms, des numéros de téléphones et autres et plonger Jean dans son enfance. Il n’y a pas d’histoire, il n’y a pas vraiment non plus de personnages. Quel intérêt alors ? Je me suis posée la question après avoir refermé le livre. Le cœur de l’histoire est cette quête, cette quête pour redécouvrir le passé. La vie de Jean semble s’être arrêtée depuis qu’il a quitté l’enfance, et grandissant, il n’a fait qu’y repenser. Ce qu’il découvre ne sont que des fragments et jamais il ne se rappellera totalement de son enfance. Pourquoi ? A t-il subit un traumatisme ou autre ? On ne le saura pas. Si vous ne supportez pas qu’un livre vous pose plein de questions et refuse d’y répondre, concentrez vous sur un autre ouvrage.

Là où l’on a du mal à le suivre, c’est qu’il affirme en avoir finit avec cette autre vie, et l’on croit naïvement que c’est un personnage extérieur qui vient réanimer tous ces souvenirs. On pense que Jean s’y replonge pour la première fois depuis des années et des années. Finalement, on apprend qu’il l’avait déjà fait à 20 ans, à 30 ans, et depuis toujours en réalité. Le personnage se ment à lui même et il nous ment par la même occasion. Il est prisonnier de son passé. Au fur et à mesure qu’il se rappelle, il oublie l’intrigue principale et s’en éloigne totalement.

Qu’est ce que ce livre alors ? C’est un livre formidablement bien écrit, qui choisit n’importe quel prétexte pour créer un sentiment de confusion et de perte à l’issue de sa lecture. Malheureusement, je dois aussi dire que pour moi, c’est un livre ennuyeux. Oui, c’est intelligent et oui, c’est subtil mais en fin de compte, j’avais hâte qu’il se finisse. C’est trop vaporeux, l’absence de concret (d’histoire ou de personnages) m’a perdu. Je vous le conseille quand même, peut être serez vous plus fasciné par la beauté du livre que je ne l’ai été.

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