Preacher – Garth Ennis & Steve Dillon (2015)

Aujourd’hui aurait pu être un jour banal. J’aurais pu faire ma séance de sport quotidienne, me préparer un bon plat équilibré, et passer ma journée à m’instruire, à philosopher, à comprendre enfin comment et pourquoi le monde ?… en un mot comme en cent, une journée banale. Mais aujourd’hui, j’ai lu Preacher. Deux heures de lecture sans relever la tête, insensible à tout. Une bulle s’est formée autour de moi, de cette œuvre, de nous. Enfin, j’ai émergé de cet instant magique et oserais-je dire, mirifique pour conclure par ce mot qui traduit toute l’intensité du moment :

« Fichtre ! »

Je ne crois pas avoir beaucoup utilisé le mot qui suit dans mes articles, mais en ce cas précis il s’impose de lui-même : Preacher est un chef d’œuvre. Commençons par quelques repères chronologiques : la série n’est pas récente. Elle date de 1995 et se conclut en 2000. Si elle fait reparler d’elle aujourd’hui, c’est grâce aux éditions françaises Urban Comics, qui vont publier l’intégrale de la série dans les mois à venir. Le premier tome vient de sortir : il est beau, il est grand (il renferme les douze premiers chapitres de la série), et surtout, il a le mérite de faire découvrir à beaucoup de lecteurs une série époustouflante.

L’histoire n’est pas simple à résumer. Sans trop en dévoiler, voici ce que je peux dire : Jesse Custer est révérend dans une province des États Unis. Alors qu’il donne la messe, une catastrophe s’abat sur l’église et réduit en cendres bâtiment et fidèles. Seul le révérend s’en sort et lorsqu’il se réveille, il possède un pouvoir divin : la voix de Dieu. Il ordonne et son interlocuteur obéit, guidé par une force immuable. Ce pouvoir lui vient d’une créature divine qui s’est échappée de sa prison céleste, Genesis. Accompagné de Tulip, une de ses anciennes conquêtes, et Cassidy, un étrange bonhomme irlandais, il part à la recherche de Dieu pour comprendre ce qui lui arrive.

Comme ça, le tout sonne un peu étrange. Mais attendez de vous plonger dans l’histoire : c’est beaucoup plus complexe que ça à en a l’air. Des dizaines de péripéties secondaires freinent la progression des protagonistes et dévoilent des personnages extraordinaires (mais souvent atroces). Presque tous les humains sont des monstres : la violence et le glauque règnent en maîtres. Créatures divines et mortelles se complaisent dans la cruauté pour notre plus grand plaisir (je ne suis pas sadique, petite précision).

Difficile également de donner un genre à Preacher. Je pencherai sur un fantastique-horreur très noir et parfois difficile. Pas d’effusions de sang à déplorer, uniquement des monstres aux traits humains. Et on ne fait pas dans la demi-mesure. Quand je vous parle de monstre, c’est des vrais de chez vrais. On passe de meurtriers à zoophiles, d’adeptes de la torture à tueurs en série, de créatures à peine humaines à violeurs, et je pourrai continuer longtemps comme ça. Il faut partir du postulat que tous les personnages (même le trio central) ont des secrets, qui penchent plus du côté du « J’aime enfermer des gens ! » que « Je fais des supers cookies ! »

Malgré cette réelle monstruosité des créatures de Preacher, je souhaite, ici même, déclarer mon amour à un comics pratiquement parfait. L’univers est rendu vaste en grande partie aux couleurs (magnifiques) et aux dessins de Steve Dillon, qui a très bien su traduire cet univers particulier sur les visages des personnages : leurs traits sont rarement joyeux et souvent déformés par la peur, le dégoût ou le désespoir. La réussite tient aussi en ce qu’il y a beaucoup de texte, toujours très bien écrit (ici, traduit) et bourré d’un humour corrosif et jouissif. Tout ça pour mettre en place une intrigue principale géniale et osée (les personnages religieux sont des êtres réels qui interviennent dans le récit) qui risque de ne pas plaire à tout le monde. Mais là, je ne parle que des lecteurs les plus religieux, parce qu’une histoire comme ça, on ne peut que l’adorer, la vénérer, et que sais-je encore !

Preacher est une grande claque qui a mis dix ans à me frapper. Merci, merci de la remettre en pleine lumière, parce que là, on tient peut-être mon comics préféré. Et je n’ai lu que le tome un. D’autres sont en route. Je fais tout pour paraître calme, mais je trépigne mes amis, je trépigne.

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