Première rétrospective du peintre Georges Desvallières au Petit Palais

À l’occasion de la parution du catalogue raisonné de son œuvre sous la direction de Catherine Ambroselli de Bayser, Georges Desvallières (1861-1950), fait l’objet d’une rétrospective au Petit Palais dans le cadre du cycle dédié aux redécouvertes des maîtres du tournant des XIXè et XXè siècles. 90 œuvres issues de collections de musées français et de collections privées de cette figure inclassable de l’Histoire de l’Art, sont présentées au public jusqu’au 12 juillet prochain.

Un peintre méconnu et hors norme

Georges Desvallières, petit-fils d’académicien, débute sa carrière comme peintre profane sous l’enseignement de Delaunay. Visites de musées, voyages en Espagne ou en Italie viennent parfaire cette éducation artistique. Mais, c’est grâce à la rencontre avec celui qui deviendra son mentor, le peintre symboliste Gustave Moreau, que l’art et la carrière de Desvallières vont prendre une autre tournure et engendrer un éveil artistique.

Des portraits d’amis, de parents, ou encore des figures de naïades se retrouvent dans son œuvre. Les premières salles de l’exposition soulignent cette double influence à travers le traitement des corps réalisés par l’artiste, fasciné par l’Antique, à la fois proche du réel tout en menant une réflexion sur les émois de l’âme.

Georges Desvallières – Les tireurs à l’arc / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)

Georges Desvallières – Les tireurs à l’arc / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)

 

Peindre la vie moderne

Dès 1903, Desvallières réussit à se détacher de ses maîtres. La salle qui suit, embarque le visiteur dans le Montmartre nocturne du début du siècle. C’est à partir de cette année de rupture qu’il expérimente une nouvelle manière de peindre, et se rapproche de maîtres de la modernité comme Toulouse-Lautrec, Cézanne, Redon ou Gauguin. Empreintes d’une inquiétude morale qui reflète celle de la société, les Femmes que peint l’artiste témoignent de ce désenchantement.

Georges Desvallières - En soirée, Portrait de Mme P.B. / Crédit photo Ville de Paris

Georges Desvallières – En soirée, Portrait de Mme P.B. / Crédit photo Ville de Paris

 

Le temps de la conversion

L’exposition chronologique s’achève par deux pans importants aussi bien pour l’homme, que pour sa carrière : sa conversion religieuse et la Grande Guerre.

Sous l’influence à la fois d’auteurs, comme Huysmans qui l’invite à s’engager dans une quête spirituelle, et d’expériences comme par exemple la visite de l’église Notre-Dame-des-Victoires, l’œuvre de Desvallières, âgé de 43 ans, va prendre un nouveau tournant. Désormais, les scènes bibliques font partie de son travail comme L’Annonciation, qu’il réalise en 1912, dans laquelle la mère de l’artiste, Marie Legouvé, prend les traits de la Vierge, mais sans oublier son travail sur le corps et les tourments humains.

Puis, vint l’époque de la Grande Guerre durant laquelle il est nommé responsable d’une compagnie de chasseurs sur le front des Vosges. La religion lui permettra alors de surmonter cette expérience douloureuse (son fils meurt au combat) et violente.

Georges Desvallières – Christ à la colonne / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)

Georges Desvallières – Christ à la colonne / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)

 

Cette fois-ci, au milieu d’œuvres monumentales, le spectateur découvre la foi et le patriotisme de l’artiste qui prennent vie dans sa peinture, où la figure du poilu et les désastres de la guerre sont associés à la Passion du Christ. Le spectateur se retrouve devant des corps torturés et blessés, enchevêtrés, qui nous font ressentir la souffrance du soldat, de l’homme et du père de famille.

Démobilisé en 1918, la religion, et principalement le thème du Chemin de Croix, permet à Desvallières de mener son travail de deuil et de continuer sa quête de beauté triomphante. C’est sur cette note d’espoir que se clôt l’exposition avec ses quelques mots : « Certes, il y a la croix, la croix toujours, mais aussi la résurrection, l’ascension, le ciel. »

Georges Desvallières – Station de Chemin de Croix / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d'Orsay)

Georges Desvallières – Station de Chemin de Croix / Crédit photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)

Une exposition à compléter

Si le cœur vous en dit, vous pourrez continuer cette exposition au musée Rolin d’Autun qui présente, en regard de l’exposition du Petit Palais, un accrochage d’une trentaine d’œuvres issues du fond d’Eugène Chevalier. Par ailleurs, n’hésitez pas à faire un tour à la Cité de l’architecture et du patrimoine qui expose, jusqu’au 4 juillet prochain, dans le cadre des commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, l’utilisation et l’instrumentalisation du patrimoine détruit lors du conflit. Thème on ne peut plus d’actualité malheureusement.

Finalement, cette exposition vous permettra de découvrir ou redécouvrir, pour certains d’entre vous, un artiste à la touche proche de celle de Moreau, où le corps et l’esprit se mêlent au charnel et au spirituel.

Les commentaires sont fermés.