Prince et le septième art

Génie fougueux et imprévisible, Prince a su toucher le monde grâce son talent, sa personnalité, son aura… La force de l’artiste résidait dans sa capacité à exceller dans plusieurs domaines. Bien évidemment, on retiendra l’apport éternel qu’auront ses diverses chansons sur la pop, le funk ou la Soul. On se souviendra de ses performances scéniques mémorables, parmi lesquelles on peut citer Detroit 1986, The Beautiful experience de Février 1994, ou plus récemment la Halftime Show du Superbowl 2007. A la liste de ce que l’on retiendra de Prince, il y a aussi son lien avec le cinéma, et c’est là tout le sens de cet article.

Prince n’a pas beaucoup de films à son actif. Sans compter, ses apparitions dans Sarafina! en 1992 (aux côtés de Whoopi Goldberg), et dans la série New Girl en 2013, le Love Symbol s’est retrouvé quatre fois à l’affiche. Ses films n’ont pas tous été appréciés, et n’ont pas smatché le box-office, mais ils ont eu le mérite de montrer l’étendue du talent de Prince.

On va commencer avec Sign o’ the Times. Pourquoi celui-ci ? Alors qu’il ne s’agit que du troisième film du chanteur, et qu’il s’est littéralement fait éjecter des salles obscures !

La réponse est toute simple : il ne s’agit pas vraiment d’un film. Cette œuvre est directement tirée de la tournée homonyme qui avait fait vibrer l’Europe entière, et qui a mené Prince vers la gloire. Durant 80 minutes, on suit le chanteur et son groupe. On se retrouve plongé dans la diversité et l’intensité du personnage, un vrai plaisir pour l’oreille. Et aussi, un bon moyen pour s’immiscer dans l’univers d’une tournée mythique (même si de nombreux passages ont eu lieu en studio). Le fait que Sign o’ the Times se rapproche plus des concerts, que du genre cinématographique, peut expliquer sa réussite sur le marché VHS et son exploitation moindre dans les salles.

Continuons avec Under The Cherry Moon. C’est la deuxième venue de Prince au cinéma, et pour la première fois il se retrouve derrière la caméra (initialement, Mary Lambert devait réaliser mais Prince la remercia). Ce film musical se déroule principalement sur la Côte d’Azur. Prince campe un pianiste du nom de Christopher Tracy. Outre ses qualités de musicien, il s’applique à séduire de riches femmes en vue d’obtenir leur fortune. Cependant, un jour il croise Mary. Cette rencontre marque le début de plusieurs péripéties, avec comme fil rouge ce dilemme, l’amour ou l’argent.

Jouissant d’une esthétique riche, et d’un côté bohème fortement accentué par le noir et blanc, Under The Cherry Moon montre une nouvelle fois que Prince est doué. Toujours dans un excentrisme assumé (parfois un trop poussé), le film est assez comique et rocambolesque. On peut percevoir un peu de Bollywood dans l’approche. Prince expose son univers propre et s’éloigne des musical américains pour nous offrir un divertissement inattendu.

Finissons avec le succès planétaire de Prince. Il s’agit bien sûr du légendaire Purple Rain.

Sorti en 1984, ce film a été un grand succès au box-office : 71 millions de dollars de recette pour un budget de 7 millions de dollars. En 1985, Prince décroche l’Oscar de la meilleure musique de film. Pour couronner le tout, la bande originale s’est vendue à plus de 20 millions d’exemplaires dans le monde, et est restée gravée dans les mémoires (en atteste cette phrase du premier ministre Manuel Valls, « Les larmes sont, ce soir, « purple », pourpres. »).

La totalité du film est un condensé de la personnalité de Prince.

Ici, le chanteur ne part pas dans le biopic classique. En effet, l’intrigue relève de la semi-fiction et a été créée par Prince himself. Avec ce film, Prince trouvait un moyen de parler de la dure vie de chanteur, ainsi il répondait à la révolution du clip vidéo, lancé par son éternel rival Michael Jackson.

Purple Rain nous mène dans le First Avenue Club à Minneapolis (ville de Prince). A cet endroit on y trouve le Kid et son groupe The Revolution. Musicien talentueux et véritable bête de scène, le quotidien du Kid n’est pourtant pas un long fleuve tranquille. Tiraillé entre une rivalité avec Morris Day (leader du groupe concurrent The Time), des problèmes internes au sein de son propre groupe, et des tensions familiales, le Kid commence à flancher face à tant de difficultés. Pourtant, il trouve un certain équilibre quand la jeune Apollonia arrive dans sa vie. Toutefois, cette sensation se heurtera aux aléas de la vie de chanteur…

Comme il a été dit plus haut, Purple Rain montre toutes les facettes de Prince. Le Kid est talentueux, extravagant, mégalomane et sensible, introverti et protecteur. Il montre que chaque personnalité est contradictoire et que le fossé entre scène et vie privée est bien réel. Le message de Purple Rain est assez clair. Le chemin jusqu’à la gloire est parsemé d’embuches. La volonté est primordiale. Dans le milieu de la musique il y a plus de personnes souhaitant vous voir tomber, que de personnes voulant vous voir marcher.

Du point de vue de la conception, on y voit la manière de penser de Prince. Déjà dans la production, le film a été rejeté par Hollywood, il fut donc l’œuvre exclusive des producteurs du chanteur. Puis, sur le tournage, Prince était présent sur chaque scène afin de s’assurer que chaque élément lui convienne. On peut y voir le désir du contrôle total sur son œuvre, source du conflit entre Prince et sa maison de disque.

Purple Rain a vu apparaître une semi suite 6 mois plus tard, nommée Graffiti Bridge. La magie n’a malheureusement pas marché deux fois, malgré une nouvelle bande son de qualité. Le scénario, peu élaboré, a notamment fait couler le film, quitte à le qualifier de « clip vidéo géant ».

En conclusion, nous dirons que les films de Prince peuvent être difficiles à apprécier pour les cinéphiles. Parce qu’il s’agit toujours de films musicaux (tout le monde n’aime pas ce type de cinéma), surtout, parce qu’il s’agit d’y exposer la façon de penser du chanteur. Certains diront que c’est un gros défaut, nous, nous dirons que c’est ce qui fait la force des films « Princiens ».

« Le nain pourpre », comme le surnommaient les journalistes, a su s’éloigner du classicisme en imposant sa vision des choses, en intégrant des messages touchants (que beaucoup ne voient pas car ils sont trop centrés sur l’excentrisme de l’artiste), et en montrant qu’un artiste peut-être bien plus que ça.

Nous terminerons avec la bande annonce du film Purple Rain. Une œuvre qui ne se limite pas au film ni à la douce chanson qu’est Purple Rain. Une œuvre qui montre une partie de l’homme. Une œuvre à consommer de préférence en VO ou VOST (sans faire offense aux doubleurs français) pour mieux apprécier ce grand Prince parti bien trop tôt…

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