Prince, nous envoie un dernier Kiss

S’il est certain qu’on ne peut classer les morts par leur importance, car toute mort a son importance, il faut avouer, sans honte, que certaines nous touchent plus que d’autres. On veut parler de ces morts qui appartiennent, presque, au domaine public, pas au privé. On veut parler de ces morts qui nous touchent tous, de manière plus ou moins universelle. On veut parler de ces morts qui, quoiqu’ils symbolisent, auront un impact, dès aujourd’hui. On ne veut pas classer les morts, donc. Mais, dans ce microcosme qu’est l’environnement de la musique, nous venons de perdre, une nouvelle fois, une icône, une quasi divinité, une référence, un repère. Après Bowie, en janvier, c’est Prince qui, à son tour, est parti. Comme ça… sans qu’on y soit préparé, sans strass, ni paillettes. La culture pop’ vient d’en prendre un sacré coup. Ses fondations sont de plus en plus poreuses, ses murs se fissurent, sa toiture tremble.

 Le mythe était né timidement, en 1978 avec « For You », un premier album studio riche en promesses. Puis, ce nouveau messie de la soul et du funk commençait à s’approcher du trône avec « Dirty Mind », en 1980. Suivront « Controversy » et « 1999 » en 81 et 82, propulsant l’Apollon au rang de prince de l’univers pop’, lui Prince Rogers Nelson, devenu Prince. Alors, ce fut l’heure du sacre, le temps de monter sur le trône, d’occuper la place divine qui lui revenait de droit, en 1984, grâce à l’album « Purple Rain ». Mais, Prince, c’était plus qu’un musicien aux qualités dépassant toutes les normes. Comme tous les génies, comme tous les précurseurs, comme tous ceux qui ont été des piliers historiques de la culture, le natif du Minnesota était une icône pour de nombreux groupes sociaux. Un personnage hybride hors de toute temporalité, à cheval entre les genres sexuels, icône du transgenre, assis entre les noirs et les blancs, jouant de la pop et de la soul, His Purple Majesty, c’était celui qui balançait les catégories par les fenêtres, pour regrouper tout le monde.

Pour nous, qui assistions à ce déferlement musical divin depuis la France, un des derniers grands moments, restera son apparition, en 2010, au concert de Stevie Wonder, à Bercy, sur Superstition. Un moment frissonnant.

Sinon, à une époque qui remonte au temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, His Royal Badness était monté, en 1983, sur scène aux côté de Michael Jackson et James Brown.

À 57 ans, le grand cercle des musiciens disparus en a voulu ainsi et a rappelé auprès de lui, un de ses plus illustres représentants. La légende retiendra qu’il s’est éteint dans un studio de music, le sien, après avoir annulé plusieurs représentations, à cause de sa santé. En attendant, de manière romantique et nostalgique, on espère seulement une énorme Purple Rain demain, toute la journée, ou que, d’une manière ou d’une autre, le Prince nous envoie un gros Kiss, qu’importe où il est.

Crédit photo : Prince – wall.alphacoders.com

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