Princesses déchues

On le sait à l’approche de Noël, vous mangez des chocolats à la guimauve, allumez des bougies sur le sapin, et vous repassez en boucle les Disney ? Oui bon, ok, certains d’entre vous. Ok, ok, juste moi. Pour aller avec cette période de fête, on a une artiste parfaite à vous faire découvrir !

Dina Goldstein porte un regard fort et dramatique sur la romance moderne. Depuis toujours, on nous ressasse sans cesse les contes de Cendrillon, de Blanche Neige, celui de la Petite Sirène ou encore la Belle au Bois Dormant. Chacune connait une entrée dans la vie douloureuse, et au moment où chacune de ces princesses devient jeune femme, la vie se complique encore plus. Jusqu’au jour où elles rencontrent le Prince, l’amour de leur vie. Car c’est bien connu, sans homme, aucune femme ne peut se débrouiller seule, encore moins régner sur un royaume. 

Ces princesses connaissent une vie parfaite, elles sont heureuses, se marient et ont beaucoup d’enfants. C’est très important qu’il y en ait beaucoup. 

La princesse, celle de Disney ou les autres, sont fines, belles, radieuses dès le saut du lit. Elles connaissent certes quelques périodes difficiles, mais tout finit par s’arranger. Parce que c’est bien connu, quand on a une robe qui brille et qu’on se marie, après la vie devient jolie. Autant de stéréotypes que cette photographe tente d’écraser, en nous plongeant directement dans l’envers du décor idyllique du château de princesse. 

Triste princesse

Sur la série « Fallen Princesses », on retrouve une Blanche Neige entourée d’enfants en bas âge. Son appartement n’est pas rangé, des jouets traînent çà et là. Son mari, le Prince, regarde le foot, les pieds sur la table basse, tandis que le chien est en train de manger on ne sait trop quoi. 

Cendrillon elle, finit dans un bar, avec sa belle  longue robe bleue, un verre à la main, le regard perdu dans le vide, entourée d’hommes alcoolisés. Il fait si sombre … seule sa robe est un point de lumière au milieu de cette triste scène. Tout comme Blanche Neige, on voit dans leur regard qu’elles ont, en quelque sorte, abandonné le combat. 

On voit ensuite Raiponce, avec ses longs cheveux blonds vous savez ? Ici son immense tresse git sur le sol. La Princesse est chauve, elle a certainement un cancer, son trône est un lit d’hôpital et à son bras, pend une perfusion. 

Le Petit Chaperon Rouge, quant à elle, se balade dans la forêt, un gobelet de 1L de boisson gazeuse à la main, et un panier rempli de hamburgers, et de frites. (On ne citera pas de marque, mais on sait tous que ça vient de Domac). Le Petit Chaperon Rouge a un léger (fort) embonpoint. Pas de traits purs, doux et un corps élancé. Non, c’est avec les joues luisantes et  le regard dans le vague, qu’elle marche d’un pas mou au milieu des feuilles. 

On voit d’autres princesses sur des tables d’opération pour se faire injecter du Botox, et encore d’autres qui ont une mitraillette, et se trouvent au milieu d’un paysage ravagé par la guerre. Une autre enfin termine seule, devant sa télé entourée de ses chats.

L’artiste dénonce des faits de société, montre l’envers du décor. Finie la vie de château ! Adieu l’arrivée du Prince sur son beau cheval blanc ! Pour elle, il faut arrêter de mentir dès l’enfance, et de bercer les petites filles d’illusions. On ne dit pas non plus que tout ceci c’est ce qui attend chaque jeune fille, mais ces scènes sont des réalités, des destins de personnes existantes. La photographe raconte la difficulté d’entretenir une relation amoureuse, d’attendre celui qui partagera la vie d’une jeune fille, de vivre la guerre, la faim, la pauvreté, la tristesse. La société de consommation devient un sujet réel, l’obésité aussi, de même que les rêves perdus. L’artiste rage et dénonce une certaine doctrine qui nous impose de vivre heureux du début à la fin. C’est impossible, la vie est semée d’embûches, beaucoup plus importantes pour certains que d’autres. 

Une série percutante, qui propose un regard sincère et réel sur la société. Alors, on regarde un Disney ?

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