Prix Photo du Muséum, « Hadza – Derniers des premiers hommes » au Jardin des Plantes

Le reportage étourdissant de Matthieu Paley à travers la savane et le coeur des hommes.

La genèse de l’exposition

Avant la Tanzanie, sanctuaire jusqu’alors préservé des Hadza il y a eu l’Afghanistan sur le plateau du haut Pamir. Pendant près de 12 ans, Matthieu Paley a suivi les Kirghizes nomades, absorbant au fur et à mesure la géographie environnante, la culture de ce peuple et sa langue, tissant des liens puissants là ou un occidental n’avait pas mis les pieds depuis les années 70. Vivant en autosuffisance totale, les Kirghizes se battaient au quotidien pour subsister tout en affrontant le climat impitoyable des hauts sommets.

Au vu des images qu’il rapporte, le National Geographic US  avec qui il travaille, décide de lui laisser carte blanche pour couvrir un autre type de reportage : les régimes alimentaires à travers le monde. il s’agit de documenter un mode de vie qui consiste à être absolument autosuffisant, et de ce fait totalement dépendant de la nature alentour. Avec l’équipe du National Geographic US, il cerne les six environnements majeurs de notre planète : désert, savane, montagne, océan, jungle, arctique et méditerranée. Pour la savane, Matthieu Paley s’envole pour l’Afrique à la rencontre des Hadza, peuple millénaire ayant un des plus anciens régimes alimentaires du monde, celui des chasseurs-cueilleurs. 5 mois de travail après, il termine son reportage pour le numéro de septembre 2014 intitulé « The evolution of Diet ». Très vite l’envie de retourner sur les terres africaines se fait ressentir pour le photographe. C’est ainsi grâce à la bourse professionnelle du Prix Photo du Muséum qu’il repart en Tanzanie, nous sommes alors en mars 2015 et Matthieu Paley s’apprête à retrouver les Hadza, « derniers des premiers hommes ».

Un retour aux sources de l’Humanité sans fards

Le mode de vie des Hadza n’a pas changé depuis celui des premiers hommes qui ont foulé la terre ardente de l’Afrique, berceau de l’humanité. Ne pratiquant pas d’agriculture, ils ne consomment que les aliments qu’ils trouvent sur leurs chemins: plantes, racines, miel et gibier. Les faibles contacts qu’ils peuvent avoir avec l’extérieur se bornent à un simple troc de peaux et de miel contre du tabac et des vêtements. Matthieu Paley a donc traversé les immensités tanzaniennes avec des hommes affutés par la vie extérieure et parcourant la savane avec les femmes, tous les jours à la recherche de leurs repas. Des marches interminables de plusieurs jours, le contact quotidien avec une nature impitoyable, aussi bien pour les hommes que pour les animaux a permis  au photographe d’obtenir des tirages bouleversants de sincérité, sans mise en scène, sans pathos occidental malvenu mais avec une retranscription au plus proche de la réalité.

Chez les Hadza, il n’y a pas de stocks de nourriture. Pour manger, il faut se lever à l’aube et partir loin du campement pour trouver des baies, des plantes et avec beaucoup de chance un animal de bonne taille. Leurs campements sont composés de branchages et recouverts d’herbe, ne laissant jamais aucune trace lorsque ils doivent s’installer ailleurs. Ce qui dévoile un des aspects des Hadza, vivre en harmonie avec la nature, utiliser ses ressources avec parcimonie, et se concentrer sur le présent. Car les Hadza sont un peuple heureux de vivre ainsi, sans liens avec le passé et le futur, ils vivent exclusivement dans l’instant, même la cellule familiale n’existe pas. C’est un des points les plus importants de l’exposition, ne pas faire l’erreur de penser que les clichés dévoilés sous nos yeux nous montrent des « misérables » à qui l’on serait tenté soit de « mettre un like sur Facebook » ou d’envoyer de l’argent via une ONG. Pour eux, nous n’existons pas et ils n’ont pas besoin de qui que ce soit. En toute simplicité.

Plongez vous dans un monde où la désillusion de louper une antilope est quotidienne, où les histoires de chasse se transmettent à la tombée de la nuit au coin du feu, où le miel s’obtient dans la douleur, où les hommes vivent avec une sérénité presque irréelle et un regard totalement détaché sur le monde. À travers la soixantaine de photographies de Matthieu Paley, venez à la rencontre d’un peuple et de paysages que vous n’avez jamais vus auparavant.

Crédits : Muséum National d’Histoire Naturelle/ Matthieu Paley/ National Geographic.

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