Qu’ALLAH bénisse la France et Abd al Malik

Le réalisateur revient sur son histoire personnelle, et celle du quartier de Neuhof à Strasbourg. Cet autoportrait interroge le parcours de Régis, histoire tirée d’un livre écrit par Malik il y a plus de dix ans (Abd al Malik est le nom religieux choisi par Régis et qui restera son nom de scène). Très vite le jeune homme est soutenu par un professeur de philosophie qui découvre chez lui des talents d’écrivain. Régis pense et réfléchit beaucoup, plus que les autres. Il passe son temps à douter et à lutter contre lui-même. Il oscille entre une vocation de prêcheur, de dealeur ou de slameur. L’école, ses frères, tout autant que l’environnement du quartier, vont l’aider à réagir et à tracer son chemin.

Finalement, il ne s’agit pas d’une colère sociale semblable à « La haine » de Kassovitz. « Qu’Allah bénisse la France » questionne la quête de soi, le passage du monde de l’enfance vers celui de l’adulte, et de l’apprentissage qui l’accompagne. Le réalisateur capte les expériences qui ont nourri sa recherche de vérité, un chemin spirituel parsemé de craintes et d’angoisses. Régis cherche à savoir qui il est et doit faire face à un choix nécessaire, à savoir, décider une trajectoire.

Abd al Malik utilise un style proche du documentaire, très réaliste. Beaucoup d’acteurs sont amateurs. Le réalisateur semble avoir pris une certaine distance avec son personnage, et avec lui même. Il accomplit une œuvre mature et souligne les évènements du passé avec beaucoup de sagesse. Cette vision du monde à la recherche de spiritualité forme la problématique centrale chez Malik. Il milite pour la vérité. Il ne se positionne pas en tant qu’accusateur d’un conflit social, celui des banlieues contre la police et l’Etat, même si quelques anecdotes parsèment le film (un journaliste alimente l’idée d’une radicalisation religieuse, très contemporain). Au lieu d’un conflit social, Malik expose davantage un conflit interne et identitaire.

Le début du film rappelle « Ragging bull » de Scorsese, le noir et blanc, un ralenti, le bruit sourd de la fosse remplie de spectateurs et la peur. Cette scène impressionne et laisse une empreinte tout le long. D’ailleurs, est ce qu’Abd al Malik ne ressemblerait pas un peu à Jack La Mota ? L’un est probablement plus intellectuel que l’autre, mais ils ont tous les deux en commun une lutte interne, et l’obligation de faire un choix, inévitable à l’accomplissement personnel. La question est : comment concilier son être, ses désirs et le sentiment de culpabilité avec le reste du monde ?

Malgré quelques scènes un peu fragiles, notamment la fête sous l’emprise de drogues, manquant de crédibilité, Abd al Malik signe un premier long métrage pertinent et fidèle au parcours de l’auteur. Marqué par la religion, Malik semble aussi croire en la république et son film le prouve jusqu’à la dernière scène où l’ « interculturalité » ne serait plus une frontière infranchissable.

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