Quand la Russie faisait des dessins

La Russie, ce grand pays qui, tantôt fascine, tantôt effraie. A l’époque de la Russie Soviétique un vent glacial soufflait sur le pays interdisant toute production artistique libre ! Les artistes ont donc trouvé un moyen de communiquer, et de dénoncer les maux de leur société par un moyen astucieux : les livres pour enfants.

La House of Illustration de Londres, présente une exposition qui met en lumière les ouvrages illustrés, et, pour les enfants de la Russie Soviétique. L’exposition tente d’explorer les livres d’enfants au début du 20eme siècle. 

Une exposition colorée

Les salles dédiées à l’exposition ne sont pas nombreuses et ne sont pas bien grandes. La lumière est tamisée. Le papier est ancien, jauni, parfois abimé, mais les couleurs sont pourtant bien présentes. Les pièces paraissent chaudes. On regarde attentivement les dessins, minutieusement, un à un. On voit des slogans, des personnages, beaucoup d’animaux. La typographie est parfaite pour chaque ouvrage. Les lettres de l’alphabet cyrillique dansent sur le papier, et on se délecte de la régularité des signes. Les couleurs attirent notre attention, à tel point qu’on en oublierait presque ce que l’on regarde. Bien qu’il y ait parmi les pages exposées quelques figures enfantines, et autres animaux de cirque, ce sont aussi des bâtiments du constructivisme soviétique, les usines, le travail, et aussi, beaucoup, l’armée. Des personnages plus mystiques et terrifiants comme Baba Yaga, ou encore des hommes menaçants munis de sabres. 

Mais une exposition politique

Les personnages se succèdent, et là on comprend… Chaque personnage a une symbolique plus profonde. Les animaux ne sont pas simplement là dans un but ludique, mais incarnent soit le pouvoir, soit le peuple. Les scènes, dans lesquelles interviennent les personnages, font référence à la tension qui pouvait régner à l’époque, et aux rapports qui existaient entre la société et le pouvoir. Lorsque l’on comprend cela, l’exposition prend alors un tout autre sens. On revient sur nos pas, on réexamine les oeuvres une à une. On perçoit la dureté avec laquelle les artistes ont, parfois, pris la plume pour décrier une époque qui ne leur convenait pas. On réalise la froideur avec laquelle les dessinateurs ont posé les couleurs sur le papier, pour pleurer une société qui les tuera petit à petit. Ces artistes sont peu connus, et pour la plupart inconnus. Et pourtant ! Pourtant, ce sont eux qui ont laissé l’impression de la Russie Soviétique la plus juste. Pourtant, c’est grâce à ces artistes que l’on a une trace de la Russie Soviétique.

Une exposition que je vous conseille d’aller voir si vous êtes à Londres. Les pièces exposées sont toutes de qualité, et reflètent la puissance de l’impact des publications sous l’Union Soviétique. 

Crédit photo : House of Illustration

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