Quand « La Traviata » investi Bastille.

L’Opéra National de Paris a fait les choses en grand pour attirer mélomanes et curieux. Tous s’étaient donné rendez-vous afin de découvrir « La Traviata », la dernière mise en scène de Benoît Jacquot. Une première couronnée de succès où l’œuvre majeure de Verdi a séduit les foules… .

Cet Opéra tiré de la Dame aux camélias de Dumas fils, est l’un des chefs-d’œuvre le plus émouvant et le plus sublime que Verdi ait composé. Ce drame majeur raconte l’histoire de deux amants Alfredo Germont, jeune homme issu d’une bonne famille, et Violetta courtisane parisienne. Au deuxième acte, monsieur Germont, le père d’Alfredo, obtient de la jeune femme qu’elle rompe avec son fils au nom de la respectabilité bourgeoise. Au troisième acte Alfredo apprend le sacrifice de Violetta. Bourrelé de remords, il accourt trop tard à son chevet : épuisée par la maladie, Violetta meurt dans ses bras..

Une histoire brillamment jouée et merveilleusement présentée par une affiche, à l’image de la mise en scène : simple, épurée et classique.

Benoît Jacquot nous replonge pour l’occasion dans l’univers des crinolines, des redingotes, des coiffeuses et des lits a baldaquin.
Violetta est servie par une domestique de couleur, mise en abyme du tableau Olympia de Manet justement accroché au dessus du lit de l’héroïne.
Le tableau du deuxième acte a des airs bucoliques d’une scène à la Watteau : un grand arbre au soleil couchant comme lieu de refuge pour les amants, la belle Violetta de dos dans sa large robe penchée sur son désespoir… on ne pouvait espérer mieux pour exprimer cette scène dramatique où Giorgio Germont, le père de l’amant, vient demander à Violetta de sacrifier son amour.
Le duo chanté par la soprane Diana Damrau et Ludovic Tézier , Giorgio Germont, est bouleversant et émeut jusqu’au dernier rang de la salle.

Car toute la force de cette représentation réside dans le choix des voix de ces chanteurs irréprochables réunis sur la scène de Bastille.
Diana Damrau est éclatante : son timbre aux aigus déchirants et raffinés ensorcelle jusqu’à son dernier souffle.
Lui répond, Francesco Demuro en jeune Alfredo. On peut regretter, chez ce jeune ténor une voix peu puissante qui ne fait pas le poids face au baryton Ludovic Tézier. Le chant de ce dernier, conjugue force ténébreuse et noblesse ce qui lui vaut les plus longues ovations de la part du public parisien.

Un bémol pour Daniel Oren à la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Paris qui semble manquer de ligne directrice.
En contrepartie, les chœurs, importants dans cet opéra, sont admirables et nous séduisent.

Si certains on trouvé le propos scénique trop simpliste, nous trouvons pour notre part que cette tradition assumée magnifie la partition de Verdi.
Alexandre Dumas fils déclarait « on a de la pitié pour “La Dame aux camélias”, “on a des pleurs pour La Traviata » (…) « Verdi l’a rendue immortelle », preuve faite avec cette représentation de l’Opéra de Paris !

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