Qu’est-ce que la photographie ?

Une exposition au sous-sol du Centre Pompidou a ouvert ses portes depuis le 4 mars et jusqu’au 1er juin. Le sujet semble téméraire, qu’est-ce que la photographie ? Une exposition qui se veut définitive et ontologique à juger par cette question introductive… Mais l’habit ne fait pas le moine, ce qui veut dire qu’on se trompe puisqu’elle, la question, est rhétorique, lancée dans l’air. L’exhibition ne nous fournit pas de réponses concrètes, que des questions sur la nature photographique, si on admet qu’il y en ait une, sont posées à droite et à gauche.

Le célèbre Auportrait de Kertész (1927) où l’on ne voit que l’ombre du photographe et sa caméra, interroge directement le spectateur : qu’est-ce donc une photographie ? Une ombre où l’on projette ses désirs ? Référence directe au mythe de la caverne, le monde photogénique ou photographique apparaît au début du siècle comme le libérateur de la peinture. Désormais, la peinture ne doit plus être mimétique, de là l’avènement de l’abstraction picturale et du formalisme. En revanche la photographie ne veut pas, non plus, être sujette à une réalité qui la dépasse, elle veut être un champ d’expérimentation, et créer un langage qui lui soit propre. Les principaux acteurs de cette discipline, le cadrage, les différents angles de prise de vue, la lumière, l’œil, la perception, les objets… voilà tout un tas d’interrogations, un champ à découvrir qui se déploie face à nos yeux dans cette petite salle du Centre Pompidou.

Un retour sur la première image de l’exposition s’impose, entre la lumière et l’ombre, laquelle des deux est la plus importante ? Nul doute que pour que ces deux antithèses puissent exister, elles ont besoin l’une de l’autre. Brassaï le sait aussi, lumière et ombre sont capitales quand il s’agit de photographie. Le regard est l’acteur, celui qui donne vie à l’image. La lumière et l’ombre sont des éléments constitutifs de la prise, mais sans le regard, l’image n’aboutit pas. Le choix du photographe apparaît comme une prise de conscience, que faut-il voir ? Regarder ceci, implique négliger cela, la photographie de Paul Citroën du peintre Carel Willink est révélatrice de cela, le hors champ provoque un doute chez celui qui n’est pas à même de voir la scène, la photographie apparaît comme un élément provocateur, l’image soulève le désir et déclenche l’imagination. L’objectivité de l’appareil est contestable.

La photographie est un choix qui n’est pas anodin. Se tourner vers ce sujet, vers cet objet ou cette personne, et non pas une autre implique une décision, un parti pris de l’artiste (ou de l’amateur). Ce qui est représenté n’est qu’un fragment de la réalité, un moment figé à jamais mais qui n’existe plus, qui existe dans une sorte de limbe argentique. La photographie comme conservatrice d’un temps qui fut, d’une temporalité qui appartient à elle seule. On ne peut plus parler de vérité à proprement parler. L’œuvre d’Ugo Mulas témoigne de questionnement sur les différents niveaux de temporalité, et les facteurs qui font de la photographie une discipline si riche et si difficile à définir.

Qu’est-ce que la photographie ? Une réduction du monde, une énigme insoluble, une interprétation symbolique, un surcroît d’aura, des reflets, ce qui demeure, une fixation, une profondeur, un cadre, une caméra obscure, des promesses, des grains d’argent, une surface sensible ou un théâtre pour la lumière… Tout ça à la fois.

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