Question de genre à la MEP

Jusqu’au 30 octobre prochain, la Maison Européenne de la Photographie présente « Translúcidas » de Paolo Titolo, une exposition consacrée aux transsexuels de la Havane. Au programme : un plongeon dans leur univers et leur intimité.

 

Belkis, Gia, Laura, Malù ou encore Kiara, c’est sous ces prénoms, à connotation féminine, que se présentent désormais les hommes photographiés par le mari de Mariela Castro. Introduit au sein de la communauté transsexuelle de la Havane par la fille du président cubain –qui défend la dignité et les droits de cette dernière–, Paolo Titolo révèle, à travers 26 portraits, l’histoire d’hommes ayant fait le choix de devenir femme, au point parfois d’avoir soumis leur corps à un lent et douloureux processus de métamorphose.

Parmi ces portraits, quelques-uns laissent entrevoir leur crainte, leur espoir mais aussi leur attente, tandis que d’autres sont stupéfiants (comme ceux de Sisi et Daniela). La transformation physique ne semble pas avoir eu lieu. A quelques détails près : les mains, l’ossature, ou encore un téton mal placé, rappellent qu’il ne s’agit là que d’artifices. Artifices qui ne sont pourtant que pure réalité pour les concerné(e)s.

Pour preuve de leur féminité et de leur nouvelle identité, les sujets de Paolo Titolo exposent un certain nombre d’attributs : poitrine, talons hauts, longue chevelure, maquillage à gogo et ongles rose fluo. Leur univers n’est que paillettes et strass, du moins en apparence. Chacun à sa façon performe donc un genre nouveau, laissant derrière lui la binarité féminin/masculin et remettant en cause l’ordre naturel établi. On pense notamment à un cliché en particulier qui devrait vous interpeller (irez-vous chercher lequel ?).

 

Trouble dans le genre

Si « Translúcidas » confirme à la fois la maxime de Simone de Beauvoir selon laquelle « on ne naît pas femme, on le devient », et celle de Butler ramenant (pour faire TRES simple) le genre à la notion de performativité, une interrogation subsiste. La féminité peut-elle être réduite pour autant à tous les attributs précédemment cités ? Comment la définir ? Quelque part, on a le sentiment que même si les transsexuels présentés par Paolo Titolo tentent de s’écarter des représentations traditionnelles, ils reproduisent néanmoins des stéréotypes réducteurs attendus.

Quoi qu’il en soit, les photographies de Paolo Titolo révèlent la complexité de l’Histoire des transsexuels, ainsi que le défi d’acceptation dans lequel s’est lancée la société. Finalement, « Translúcidas » est une exposition ambivalente, traduisant une ambiguïté certaine autour des problèmes de définition du genre. Homme ? Femme ? Les deux ? Transsexuels ? Les frontières restent floues pour certains des personnages encore marqués par une dite masculinité (un pénis apparent, un taureau sur un éventail se laissent par exemple entrevoir).

Il n’en reste pas moins que cette exposition est un véritable coup de cœur. On ne saurait mieux faire que de vous recommander d’y faire un tour !

 

Informations pratiques :

« Translúcidas » de Paolo Titolo

Niveau +1, salle Hénault de Cantobre

MEP

5/7 rue de Fourcy – 75004

Du mercredi au dimanche de 11h à 20h

Tarifs ici (http://www.mep-fr.org/infos-pratiques/)

 

Crédit photos : Elodie Schwartz

 

 

 

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