Quête de sens en Haïti

Cette semaine je vous entraîne vers l’Art Contemporain dans ce qu’il a de plus actuel, avec un art venu du couchant et des Antilles, l’Art Haïtien. C’est une conception de l’Art qui, tout en continuant à s’appuyer sur une quête du non-sens à travers l’oeuvre, s’appuiera sur une recherche spirituelle de la forme et de la figure. Tout en vivacité et en images, l’exposition Haïti, Deux siècles de création artistique vous attend jusqu’à la mi-février 2015 à la porte Alexandre III du Grand Palais. C’est pour vous époustoufler par l’esprit de création, par l’inspiration et la recherche de l’expression qui y règnent, que vous franchirez le portique de réception (1) d’Edouard Duval-Carrié. Orné de roses et de calaveras (têtes de mort), c’est aux couleurs mexicaines du culte de la mort qu’Haïti vous introduit à sa quête éternelle d’identité.

C’est donc le collectif Santit Yo qui vous accueille par son oeuvre décharnée et rutilante, à l’esprit torturé et travaillé des Antilles. La composition sculpturale Sans-Nom de Frantz Jacques, dit le Guyado, vous attendra un pied dans la tombe, pour vous accompagner dans la montée des marches du Grand Palais. Une fois l’escalier grimpé, c’est la cigale recomposée de Lionel Saint-Eloi (Santit Yo) qui vous invite au bonheur fatigué des joies éphémères et destructurées de l’inspiration haïtienne.
C’est enfin dans une salle des expositions aux allures de demeure que le visiteur est invité, d’Attaque, par Sebastien Jean, à contempler la lumière rouge de la déchirure oeuvrée d’Haïti, reflétée par un ange poséïdonnesque tout droit sorti de la lave et des fantômes de la terre. Les Esprits de Loas de Robert Saint-Brice, se reflètent au pastelle sur la toile tannée du volcan haïtien, vous prolongeront ensuite l’envie d’imaginaire de ce collectif Tetatet.
Ce sont nos amis de Santit Yo qui nous reviennent ensuite avec le travail de Jean-Claude Garoute, dit Tiga, par une encre aquarellée qui ressort sur le grain de la toile les figures spectrales oubliées de la terre et du ciel. Dans l’espace de vie suivant, les Constellations de la Déesse de Jean-Ulrich Désert (2), par la forme suisse de leur drapeau argenté, vous réchaufferont le coeur et l’esprit en dévoilant sur fond de velours rouge les étoiles qui tous les soirs illuminent les nuits de Port-au-Prince.

Après cette entrée en matière, vous attend le “mitan” constituant le socle de la vaillance et de la paix de l’exposition, avec la monumentale sculpture de André Eugène de Lesprilo. Il veille, par le port et la prestance de son organe allant, pour vous assurer de sa virilité en vous invitant aux oeuvres de la matière, des figures et de la vie. C’est donc avec bonhommie que Myrlade Constant (de l’Esprit Yo toujours) poursuivra l’initiation par des tapisseries toutes de dorures et de paillettes. Ces influences chrétiennes de Saint Jacques et Bawon poursuivent la visite sur les paradis amazoniens et tribaux des toiles des maîtres de l’Esprit Yo.

Veillez finalement à ne pas rater la petite chapelle dédiée à la Vierge, au Christ de Camille Jean, couronnée par la Croix de Georges Liautaud. C’est face à ces sculptures de fer et de bois que vous trouverez l’Eloge de la Complexité de Pascale Monin (3), qui brille et scintille de mille feux pour exprimer la rondeur et la puissance de la foi haïtienne. Toujours au centre de la pièce, c’est autour des ombres des mobiles de cette dernière que les “papas” de béton Marassa de Lespri Yo et Legba de Dubréus Lhérisson gardent l’esprit roi de la majesté haïtienne.

Ensuite vous pourrez vous laisser marquer par le pendule Boseu de Georges Liautaud, rempart ultime avant les grandes figures de la noblesse haïtienne, à la royauté mourante du Fossoyeur qui dans sa brouette attend encore que son peuple ne vienne le soulever.

Toujours dans la racine du sens de la visite des curatrices de l’exposition, Basquiat vous attend avec impatience pour vous présenter deux de ses oeuvres marginales et contemporaines, constituant aujourd’hui la réserve d’un patrimoine historique oublié. C’est donc le petit des grands, qui vous présente l’affichage magistral de Mario Benjamin, travaillé de matières et d’ombres, pour une exposition qui termine en ligne droite sur l’oeuvre magistrale de Maksaens Denis, Tragédie tropicale, chantant par la vidéo “Révolution will be not televised!”…

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