Quirky Ken Tackett

Mais qui est Ken Tackett ?
Ce jeune illustrateur basé au Texas, est diplômé du New Hampshire Institute of Art en 2012, c’est à dire hier quasiment. Il a exposé plusieurs fois au cours de l’année 2014, en groupe mais aussi seul. Il a obtenu de nombreuses distinctions, le Creative Quarterly entre autres.

Et que fait-il me direz vous ? Il joue avec le glauque et le « cute ». Il allie le mignon au « creepy ». Ses créations sont pleines de couleurs, toutes plus vives et joyeuses les unes que les autres, les formes sont majoritairement rondes. Une certaine douceur se dégage des créations, et pourtant, on voit alors se glisser des bouts de cervelle, quelques artères, du muscles ou encore un estomac. On est frappé par l’aspect rieur des personnages de Ken Tackett. On reconnaît la tête du célèbre jouet Lego, tête qui est remplie de veines, de dents ou d’autres matières qu’on ne saurait trop identifier…

C’est là toute la prouesse de l’artiste. Il parvient à accrocher notre regard, à nous charmer et d’un coup d’un seul nous révulse ! Et même à la limite du dégout, devant tant d’organes exposés. Mais on ne peut s’empêcher d’admirer son travail. Les couleurs dansent au milieu des personnages disséqués. Les sourires nous fascinent bien que les chairs s’entremêlent. On ne sait trop quoi penser devant tant d’étrangeté. On croirait presque à un cadavre exquis, comme si l’artiste s’était amusé, dans un état schizophrène, à superposer plusieurs dessins, plusieurs idées. Comme s’il commençait mais ne savait plus où finir.
C’est stupéfiant de voir à quel point on peut s’émerveiller devant le dessin d’un personnage qui voit son œil complètement sorti de son orbite. Le nerf est tendu, le sang coule, la pupille commence, peu à peu, à être vitreuse, les veines sont éclatées, la cavité de l’œil disparu pleure sa béance. Et pourtant, on reste coi, devant tant de bizarrerie. L’œil ne nous révulse pas, le fond est rose pale, l’œil restant du personnage est si calme, il n’a pas de bouche, on se prendrait presque d’affection pour cet organe flottant.
Ou lorsque l’on s’attarde sur la jeune fille à la cage thoracique apparente ! Son regard est doux, ses yeux clos inspirent la confiance et la quiétude. Cependant, des espèces d’on ne sait pas trop quoi s’échappent de ses yeux, de sa bouche, et de ses oreilles. Sa peau coule, comme fondant, sur les os d’un bleu envoutant de sa cage thoracique. Elle paraît si paisible en train de se décomposer.

Mais l’œuvre qui m’attire le plus, celle qui me trouble et me captive, c’est bien le personnage tout noir, comme le bonhomme que vous voyez sur les portes des toilettes dans les bars, si, si, je vous jure, qui est tout noir, mais en son centre, des centaines de couleurs et de formes sont là, tapies, et n’attendent que votre attention, que votre regard. Tout y est, estomac, foie, pancréas, tube digestif, cœur, poumons, trachée, crâne. Le personnage est complètement déconstruit. Comme si, les organes offerts à la vue, à la contemplation, étaient protégés d’une sorte de carapace. Comme si finalement, l’homme était fragile et qu’il avait besoin de se créer une couche protectrice. Cette œuvre symbolise pour moi toute la problématique de l’humain. De la mortalité, des croyances. Chaque apparence dissimule quelque chose, de plus fragile, quelque chose qu’on peine à regarder, à toucher, à comprendre.

C’est en cela que le travail de Ken Tackett est formidable, il sait faire apparaître la fragilité de toute chose. Chaque élément, qu’on connaît, qu’on pense maitriser, qui symbolise la force, comme le chevalier qu’il illustre, est pourtant, rempli de choses à durée de vie limitée. Tout est fragile, tout est éphémère.

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Crédits photos : Ken Tackett

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