RAIN

En ce moment, c’est ballet contemporain au Palais Garnier! En effet, la troupe de l’Opéra national de Paris rejoue Rain, l’une des oeuvres majeures de la chorégraphe flamande Theresa de Keersmaeker. Créée en 2001, la pièce a séduit son public et s’est constitué une réputation dans le monde du ballet contemporain. La troupe de l’Opéra en a acquis les droits de représentation en 2011 après quelques discussions, et ce sont maintenant les danseurs classiques de l’Opéra qui s’appliquent à retranscrire le travail expérimental de la chorégraphe.

Chorégraphiée sur la composition de musique minimaliste de Steeve Reich, Music for Eighteen Musicians, Rain est déjà en soi un univers par la composition musicale qu’elle exploite. Hypnotique et lyrique, l’oeuvre du compositeur New-Yorkais nous entraîne doucement mais sûrement dans une mélodie fluide et halletante. Un univers enivrant, qui, progressivement, vous fait glisser dans une douce mélopée de cascades et d’eau fraîche. On est dès le début saisi par le rythme entraînant et incessant de cette composition phare de Steeve Reich, menée avec brio par un duo de xylophones qui nous chante sans discontinuer sa douce folie créatrice. C’est dans une précieuse lueur orangée que le ballet entraîne le spectateur dans une scène de vie du quotidien aux allures d’un dîner champêtre sans fin.

C’est donc avec légèreté que Theresa de Keersmaeker bouscule les règles bien établies du ballet traditionnel. Le public est invité à suivre des danseurs en chemise et pantalon de ville, et des danseuses en robes légères et estivales. Tout est fait pour que l’on se sente dans l’ambiance familiale du repas du dimanche, reposé et en famille. La lumière reste douce et sensuelle. Le décor, peu exploité, se résume à un rideau de fond de scène avec lequel jouent les danseurs au gré de leurs courses et de leurs folles envolées.
Cependant, derrière cette façade rose et jolie, la chorégraphie raconte au fur et à mesure de l’histoire de la noyade d’un enfant que l’on tente de ramener à la vie. Le ballet incessant de la course à la vie n’a de cesse d’impulser des élans pour retenir l’espoir.

Sans avoir totalement saisi les détails de la narration, je me permets de regretter le nombre réduit de danseurs sur le plateau (10), qui contraste avec la densité de l’oeuvre musicale, sans répis pour le spectateur. L’aspect de la foule dense et compacte que l’on pourrait attendre de l’oeuvre de Reich n’est ici qu’évoqué par le suivi des danseurs de lignes géométriques tracées au sol. Comme une volée de moineaux, ils filent le long d’itinéraires déjà établis, se retrouvant à une intersection et s’éparpillant aux abords d’une autre ligne pointillée.
C’est donc dans un sentiment de perte et de noir et blanc obscur que nous abandonne Theresa de Keersmaecker. Le public a pu ressentir, suivre et vibrer au cours d’une “chanson” d’1h10, il n’en aura vu défiler que la moitié et repartira avec un goût d’éphémère dans la bouche.

Pour ceux qui préfèrent rester dans leur salon, Arte Concert provides you jusqu’à la fin du mois de janvier une vidéo magnifiquement filmée de la représentation.

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