Rencontre avec Cédric Mélado et Lucie-Eléonore Riveron, co-fondateurs de FauveParis, nouvelle salle de ventes aux enchères à Paris

Nouveau venu dans la jungle du marché de l’art parisien, FauveParis a été fondé par deux anciens membres du cercle très fermé des maisons de vente de la capitale. Pourtant, loin de les avoir conditionnés, ces expériences les ont confortés dans une certaine vision du métier d’opérateur de vente, qui est avant tout une histoire d’amour des objets et de partage.

Cédric Mélado est ancien commissaire-priseur chez Tajan. Il a également travaillé dans une salle de région, expérience qui a sans nul doute marqué sa conception du métier qu’il a adopté. Lucie-Eléonore Riveron a pour sa part également travaillé pour une maison de ventes, Piasa, mais en tant que directrice du département éditorial. Elle a notamment pu faire ses armes dans des galeries et fondations avant de rejoindre le monde des enchères.
Ils ont été rejoints par Alice Landry, commissaire-priseur associée, diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire d’une maîtrise en droit des affaires. Elle aaussi travaillé chez Tajan, et est la présidente de l’Association Nationale des Elèves Commissaires-Priseurs.
Leur rencontre, il y a deux ans, va lancer les prémices du projet FauveParis. Chacun désirant apporter sa pierre à l’édifice, ils vont premièrement envisager une installation à l’étranger, pour finalement préférer Paris. Avec un apport personnel de 20 000 euros à eux deux, la course aux investisseurs a rapidement démarré et fut concluante, grâce à la participation de personnalités du marché de l’art, de collectionneurs, ou collaborateurs. Après avoir trouvé le lieu, dans le Marais, l’équipe d’architectes, l’agence de communication et les proches collaborateurs, l’aventure
commençait réellement. Ayant tous deux quitté leur emploi respectif courant 2013, les délais ont été tenus, avec une inauguration le 29 avril 2014.

Proximité
«  Il est temps que les ventes aux enchères s’ouvrent véritablement et qu’elles se modernisent ! Il faut libérer les enchères, les rendre enfin accessibles à un public de curieux qui n’osent pas toujours s’y aventurer ».
Extrait du manifeste co-signé par Cédric Mélado et Lucie Eléonore Riveron.
Le concept de FauveParis se distingue de ceux* que l’on peut qualifier de « classique ». Se différencier de la froideur de Drouot, du luxe tape à l’œil de Christie’s, ou de l’impressionnant Artcurial, était la commande passée aux architectes du lieu. Avec un espace pignon sur rue, sur un seul niveau et traversant l’immeuble en largeur, FauveParis permet aux curieux et badauds de s’y aventurer, les portes étant ouvertes lors de la vente. La comparaison se fait instantanément avec les salles de région, où les habitués se mêlent à quelques novices, venus visiter l’exposition un samedi matin après le marché – je pense notamment à Rennes Enchères. Les co-fondateurs le notent eux-mêmes, leurs nouveaux voisins passent très régulièrement les rencontrer depuis l’ouverture des lieux. Les enchères semblent alors véritablement libérées, du moins dans une capitale du marché de l’art qui manque parfois cruellement d’humanité.
Les relations sont un point d’honneur donc. Non seulement avec les clients et vendeurs, mais tout autant avec les collaborateurs et intermédiaires. A titre d’exemple, au moment de notre rencontre, FauveParis venait de recruter un jeune street artiste, novice en matière d’enchères. Dans quel but ? Afin de préparer une vente organisée au profit de la Croix Rouge d’œuvres de street artistes, et ainsi mieux dialoguer avec ces derniers et les clients. L’objectif commercial est bien entendu omniprésent – ne nous mentons pas -, mais il est inclus dans un souci de prestation complète et d’une vision qualitative de la vente, avant toute chose. Vu comme une start-up dès sa fondation, FauveParis a comme but de fédérer ses collaborateurs et de diffuser une image certaine de la maison. Lors de l’inauguration, un petit détail insolite m’a notamment fait sourire : chaque collaborateur avait épinglé un Pins représentant un fauve à sa veste (des objets créés sur mesure spécialement pour la maison). Chez FauveParis, tout est dans le détail…
Dans ce rapport de proximité, la salle de ventes a été pensée comme lieu d’exposition mais aussi lieu de vie, avec l’installation d’un bar à vin, L’Abreuvoir, donnant de l’autre côté de l’immeuble, dans une rue parallèle. Avec un écran permettant de suivre la vente, les visiteurs peuvent ainsi tout à la fois, prendre un verre de vin, déguster une assiette de charcuterie, et suivre l’avancée des enchères. Le concept d’after work en maison de vente est donc lancé, avec la possibilité nouvelle pour les acheteurs d’être présents au moment des ventes, avec des horaires de soirée. Le choix de placement de la salle dans le Marais trouvera sans nul doute une bonne fréquentation, comme ce fut le cas lors de la vente inaugurale le 13 mai. Pour ne pas perdre toutefois de vue l’ambition première des lieux, L’Abreuvoir est géré par un sommelier mais également historien de l’art, Thomas Ameline, enseignant à l’Ecole du Louvre.

Marché
Sans se positionner en tant que « commerce de proximité », FauveParis est avant tout une salle ouverte sur le monde et communique avec des acheteurs et vendeurs du monde entier. Aucune survie n’étant possible dans le milieu du marché de l’art sans un positionnement double, il faut veiller à faire bonne presse à Paris et ailleurs. Le site tend notamment à devenir bilingue. La présence sur les plateformes d’enchères en ligne permet bien sur** de toucher cette clientèle éloignée qui peut enchérir sur Internet ou par téléphone.
FauveParis ne peut pas non plus être totalement exempte de codes attachés au milieu des enchères. Les frais acheteurs y sont fixes, et calculés à hauteur de la qualité de prestation donnée par la maison. Quant aux frais vendeurs, ils sont négociables et confidentiels.

Amour des objets
Côté objets, FauveParis bouscule une nouvelle fois les codes, avec une première vente hétéroclite, intitulée L’envers du décor, présentant des objets de mobilier, de l’art nouveau, des œuvres contemporaines et des panneaux de bois sculpté datant du XVIème siècle. Pour mettre en valeur tant de diversité, le choix s’est porté sur une véritable mise en scène afin de donner à voir des œuvres« communiquant avec un intérieur », et non pas figées sur des fonds neutres dans un catalogue de ventes « classique ». Le terme classique de catalogue a lui-même été détourné en « magalogue », produit hybride présentant les objets mis en scène, des interviews et des articles. A chaque magalogue son fauve, avec dans les premières pages une œuvre thématique qui fut une lionne sculptée de Maximilien-Louis Fiot pour la vente du 13 mai, et qui sera un sac griffé Céline à motif léopard. Une interview est également à la une à chaque parution du magalogue, avec Edouard Baer ou encore Daphné Bürki pour les deux premières éditions. Des portraits d’experts sont également proposés ainsi que des historiques ou biographies d’objets comme cela est notamment fait pour certaines pièces cultes de marques présentées à la vente le 3 juin, Ladies and Gentlemen.
Pour une mise en valeur physique des objets, l’équipe de FauveParis a également pris de parti d’exposer les lots durant deux semaines, alors que les salles traditionnelles choisissent de n’ouvrir que pendant deux jours.

Premiers résultats…

La première vente chez FauveParis s’est déroulée le 13 mai 2014, avec un dernier coup de marteau frappé à 21h par Cédric Mélado. Avec un catalogue de 146 lots, l’ambition était grande mais le succès commercial pas vraiment au rendez-vous. Prévisible ? Oui, certainement, mais cela ne laisse présager en rien de tels résultats pour l’avenir. Seulement une soixantaine de lots a trouvé preneur le 13 mai, pour un chiffre atteignant 338 010 euros hors frais. Plus belle enchère pour une œuvre de Fernando Botero, Eva (aquarelle sur papier, 1978), adjugée à 55 000 euros hors frais. Sur le podium ensuite, une sérigraphie signée Andy Warhol datant de 1982, partie à 30 000 euros hors frais. Parmi les artistes représentés dans la vente, des œuvres de Gerhard Richter n’ont pas trouvé preneurs, tout comme certains travaux de Damien Hirst ou Peter Doig.
Cette vente inaugurale doit être interprétée à sa juste valeur, et le lecteur ne devra pas se contenter de ce bilan. Il est en effet des prises de risque qui ne sont récompensées qu’après quelques déceptions. En témoigne les résultats de la première vente d’art vidéo organisée fin janvier à Drouot par la maison Vincent Wapler dont le taux de lots invendus s’est élevé à 70%. Ces données ne permettent pourtant pas d’anticiper les enchères faites sur ce type d’œuvres pour les ventes à venir.

FauveParis
49 rue Saint-Sabin
75011 Paris

L’Abreuvoir
38 rue Amelot
75011 Paris

Site internet

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