Rencontre avec Lila Poppins 

Welcome on her paper house !

Art/ctualité est parti à la rencontre d’une jeune artiste hors du commun, pleine d’humour et de dérision, dont le monde en pop-up enchanteur anime nos souvenirs d’enfance au rythme du Stop Motion.

A 24 ans, Lila a tout d’une Alice au pays des merveilles moderne, avec ses chaussures à paillettes, ses fleurs dans les cheveux et sa passion pour le Rollet derby. Son univers c’est elle qui l’imagine, sorti de ses rêves et de ses observations quotidiennes. Son monde elle le construit avec une paire de ciseaux, et des chutes de papier, qu’elle transforme avec un talent certain en décors hybrides et sculptures poétiques. A partir de là, elle réalise des films d’animation en stop motion (c’est-à-dire une technique d’image à image), pour divers commanditaires et projets personnels. 

Parfois la jeune créatrice doute. Elle ne rentre ni dans les cases par sa personnalité, ni dans les catégories étayées par la société culturelle. Quelle place a donc la rêverie, dans un monde où la création est hyper-institutionnalisée ?  Car Lila est réalisatrice, illustratrice, maquettiste, créatrice rêveuse et enfant-adulte. « Quand j’ai travaillé avec une agence de pub, je me suis ramenée avec mes chaussures pailletées en faisant des blagues… et je me sentais pas de ce monde ». Non, certes. Lila n’est pas de ce monde, mais son monde à elle, on devrait tous y aller, tous apprendre à le connaître. Rencontre avec une artiste pas comme les autres, énorme coup de cœur d’Art/ctualité.  

En sortant de l’école…

Originaire de Laval, Lila y a fait des études littéraires, avant d’intégrer une mise à niveau Arts Appliqués près de Nantes. Elle fait ensuite ses valises pour Marseille, où elle entame un DMA cinéma d’animation. Mais elle ne s’arrête pas là : direction Angoulême où elle intègre une école spécialisée, l’EMCA, pour devenir assistante-réalisatrice. Son talent lui permet de sauter des étapes et d’intégrer directement la 3ème année. « Ce fut une période ultra stimulante mais très fatigante : je venais de passer des mois sur mon film de fin d’études, pour lequel je m’étais donnée corps et âme, et je me retrouvais à devoir en réaliser un à nouveau.» Mais Lila est passionnée et se lance, d’autant plus que s’offre à elle une chouette opportunité : un projet que France Télévision propose à sa promotion, qui s’inspire des poèmes de Jacques Prévert. L’objectif : être sélectionné pour réaliser un film d’animation pour enfants, qui sera diffusé à la télévision. C’est comme ça que naît En sortant de l’école. « On nous demandait de choisir un poème parmi une liste imposée. En sortant de l’école, je l’ai appris quand j’étais petite, je me disais que tous les autres concurrents allaient le prendre et finalement non. C’était super, il me rappelait plein de souvenirs, je le connaissais encore par cœur et j’étais vraiment inspirée ». Ce film, est pour elle un gros challenge puisqu’elle doit imaginer tout l’univers, de la forêt à la montagne, en passant par la mer et l’espace. Un projet qui nécessite une créativité sans limite que Lila semble porter en elle. Vous pouvez le découvrir ici : https://vimeo.com/96916354

Diplômée en juin 2014, elle s’attèle à la production tout l’été. Le film est diffusé en mars 2014. Un succès, puisque elle remporte plusieurs distinctions, qui génère plein d’autres projets. «J’étais sur un petit nuage, puis, après, je suis tombée de haut : c’est difficile de revenir sur terre et de se rendre compte qu’il ne suffit juste pas de passion et de jolies idées. J’étais dans la vie active et il fallait que je trouve du travail. Ca m’a aussi fait grandir ». Après des projets par-ci par-là, elle monte alors à Paris. « Une fois on m’a dit que je n’étais pas assez sexy pour la pub, j’ai trouvé ça déplacé, car ce ne doit pas être un facteur décisif d’être sexy non ? Puis j’ai compris que c’était le jargon du milieu ». Aujourd’hui, Lila est fin prête à élargir son champ d’action et à prouver que son univers peut donner une réelle valeur ajoutée à bien des projets souvent sans saveur…

Un monde poético-ciselé

Lila qualifie son univers d’« organique » : elle puise son inspiration dans la nature, les plantes, les astres mais aussi dans le corps humain, ses organes et ses émotions. A coup de baguette magique, Lila mixe les formes et les sens : les fleurs prennent vie, les personnages deviennent végétaux, les photos se parent de broderies. Elle s’inspire également de la géométrie colorée comme les vitraux d’églises, qui intensifie la dimension fantastique et mystique de son univers.

Mais que trouve-t-on dans son atelier ? La jeune créatrice semble avoir une passion pour les collections : des ciseaux de tous types, dont une paire fétiche qu’elle emporte partout avec elle, des théières colorées et évidemment… du papier, de toutes sortes et à n’en plus finir. Lila est pleine de vie et semble balader dans son sac la moitié de la planète : c’est sans doute de là qu’elle tire son pseudonyme « Poppins ». Une référence qui lui sied particulièrement bien. 

On se demande alors… Comment fait-on pour répondre à une demande précise d’un commanditaire, tout en respectant sa personnalité créative ? Lila ne se sent jamais frustrée, elle sait s’adapter : « Ce qui est assez agréable lorsque l’on est spécialisée comme moi dans le papier, c’est que le client, lorsqu’il commande, a déjà vu mon travail et souhaite quelque chose qui y ressemble. Jusqu’ici, je n’ai jamais dû me restreindre, ou faire des impasses sur des choix créatifs, j’aime beaucoup faire de nouvelles choses à chaque fois ».

Lorsqu’on l’interroge sur son métier pour savoir si c’est une vocation, la réponse semble évidente : « Ce n’est pas réfléchi, c’était naturel de faire ce métier car aucun autre ne m’irait. Je me suis toujours écoutée, ce métier c’est une passion, une façon de vivre ».

Constat autour des problématiques culturelles… 

Là encore, Lila n’a pas la langue dans sa poche et livre une réflexion poussée : « Les objectifs et enjeux pour moi sont de l’ordre de l’ouverture, vers la différence, vers la découverte, vers la nouveauté. Mais aussi vers une certaine popularisation de la culture et l’art qu’on attribue souvent à une catégorie de personne. Actuellement, à l’échelle parisienne, l’art est facilement accessible et tend à l’être de plus en plus, et pour moi c’est indispensable dans le développement humain. L’art amène légèreté, beauté et c’est un langage comme un autre. Mais dans un futur proche il faudrait qu’il soit d’avantage intégré dans la vie quotidienne de chacun, mais pour le moment, les budgets sont encore trop bas pour que ça touche tout le monde ».

Mais le cinéma d’animation dans tout ça… Ça donne quoi ?

Lila le décrit comme un monde en mouvement, où les codes sont sans cesse revisités. On tend vers de nouvelles façons de « raconter ». Aujourd’hui, on peut constater le début du cinéma d’animation pour adultes, dont un des objectifs est de casser les clichés de l’animation « réservée» aux enfants ! C’est une pratique qu’elle qualifie de « prise de risque » en France notamment, où l’on constate un retard quant aux techniques utilisées – tel que le stop Motion pourtant très utilisé dans les pays anglophones. Mais pour la créatrice, il est nécessaire de risquer, pour se lancer lorsque l’on est jeune artiste : « il faut avoir des projets auxquels on croit profondément, être patient certes, mais être avant tout un aventurier ».

Quand elle ne travaille pas sur son projet personnel – l’animation d’organes humains habités par la nature – on peut croiser Lila dans les lieux parisiens qui l’inspirent : La Gaité Lyrique, le 104, la galerie Art Ludique et le Palais de Tokyo, où elle nourrit son imagination. Et lorsqu’on lui demande où se voit-elle dans 10 ans ?… Sa réponse est à l’image de sa personnalité :

« Je me projette peu de nature, mais j’imagine travailler avec une équipe extraordinaire -j’aime bien travailler avec des gens- et … à la mer ».

Lila … 

Si tu étais un film ? La famille Tenenbaum de Wes Anderson

Si tu étais un objet ? Une paire de ciseaux en forme d’oiseau

Si tu étais un livre ? Un livre pop-up

Si tu étais une chanson ? Vibrations de Django Django

Si tu étais une œuvre d’art ? Le baiser de Klimt

Un monde plein de rêveries et de fantasmes qui pourrait faire appel à l’enfant qui est en chacun de nous : découvrez de toute urgence le talent de cette fée du papier !

lilapoppins.tumblr.com

Les commentaires sont fermés.