Révise tes classiques #4

Chez Art/ctualité nous avons décidé d’être francs avec vous, et de vous dire ce qu’il se passe de l’autre côté de l’écran dans les bureaux de la rédaction (si on peut appeler ça « bureaux »). Oui j’aime partager, oui j’aime diffuser des petites anecdotes, çà et là, oui j’aime être sérieux lorsque j’aborde ce que j’aime. Chers lecteurs sachez que l’on me fait porter une muselière. Je m’adresse à tous les français lorsque je dis que l’on censure… Mon sérieux. En effet, on me force à fanfaronner en me sortant des choses du genre « j’ai lu ton dernier article, c’est moins bien quand tu t’interdis les idioties ». Qu’ai-je à répondre à cela, mis à part que ce n’est pas faux ?

Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre, et je me vois donc dans l’obligation de présenter chaque chronique une nouvelle fois. « Révise tes classiques », s’intéresse à une œuvre de musique classique de façon hebdomadaire. Jusque-là vous vous dites que je ne me suis pas foulé, sauf que nous abordons cette œuvre de manière différente, un peu comme une discussion entre amis (smiley clin d’œil). La musique classique ce n’est pas seulement des allemands déguisés en arbre qui parlent fort, c’est bien plus que ça, parfois ils sont espagnols. Allez à l’opéra ce n’est pas simplement assister à un spectacle grandiose, c’est aussi payer cher, mettre une robe ou un smoking, et s’asseoir pendant quatre heures, preuve que vous devez ravaler vos clichés.

Aujourd’hui je vous parle de guitare, avec une œuvre d’environ quatre minutes, comme ça vous pourrez retourner vaquer à vos occupations, qui se résument à pas grand-chose. Aujourd’hui je vous parle d’une véritable star de la guitare classique, qui a notamment composé l’un de mes morceaux d’examen au Conservatoire (oui je ne joue pas de la flûte de Pan à Denfert-Rochereau) d’où l’amour et la passion que j’insère dans cet article.

Espagne. 21 novembre 1852. Une naissance. Un jour différent. Francisco Tàrrega. Le père de tous les guitaristes est né. Il est beau. 57 années plus tard. Il meurt. C’est con.

Bon j’ai tenté un style, ça ne plaît pas, ça ne plaît pas ! Mais reconnaissez que j’ai le mérite de prendre des risques. Francisco Tàrrega est également connu sous le nom de « Sarasate de la guitare », en référence au virtuose du violon Pablo de Sarasate. Tàrrega est une référence en ce sens que, la guitare est devenue grâce à lui, un instrument de récital à l’aube du XXe siècle. Pour ceux qui ne seraient pas au courant, la guitare classique n’est pas amplifiée, si nous jouons avec des ongles c’est pour avoir plus de volume, et un meilleur son, pas pour tourner dans Les reines du shopping. La guitare classique n’est donc pas le meilleur instrument pour jouer face à un grand public, contrairement à la trompette par exemple. Donc, si nous récapitulons, personne ne nous entend à moins de jouer dans une cathédrale, et nous avons des ongles plus longs que ceux de Magloire, mais sur une seule main (ce qui n’est, je vous l’accorde, pas très pratique pour se gratter certaines zones du corps).

Tarregà va rompre avec tout cela, peut être en partie parce qu’il tombe dans un canal d’irrigation dans sa jeunesse, et perd partiellement la vue. Je ne le connais pas personnellement mais peut-être qu’il pensait jouer devant 30 personnes, alors qu’ils étaient 500 de plus. JE NE SAIS PAS JE DONNE DES HYPOTHESES !…

Dans sa jeunesse, notre petit Francisco fugue à de nombreuses reprises, et rencontre des bohémiens. Si beaucoup seraient rentrés illico chez eux, notre rebelle découvre la musique et finit par exceller aussi bien à la guitare qu’au piano, contrairement à vous qui ne savez jouer que Mission impossible, ou le début de La lettre à Elise sur l’instrument de votre cousin. En 1874, il entre au conservatoire de Madrid à 22 ans, alors qu’il enseignait lui-même depuis déjà quatre années. Opéra de Lyon, théâtre de l’Odéon de Paris, Francisco pèse dans le milieu et, en plus de composer, il transpose les œuvres de piano de Beethoven, Chopin, ou de son ami Isaac Albéniz. Il parvient ainsi à combiner les sonorités populaires espagnoles et la tendance romantique à l’image de sa transcription d’Asturias.

Ses œuvres les plus célèbres sont le Capricho Arabe, la Danza Mora ou encore Recuerdos de la Alhambra. Pour « la petite anecdote » c’est à lui que nous devons la célèbre musique de Nokia relative à l’œuvre Gran Vals (oui on apprend des choses, écoutez c’est assez drôle).

En 1892, il compose l’une de ses œuvres les plus célèbres, Capricho Arabe, une « serenata » ou «sérénade» c’est-à-dire une œuvre jouée en hommage à quelqu’un. Dans l’ère classique, la sérénade se rapporte au « divertimento » apparu au XVIIIe siècle, plus léger, plus joyeux et relatif à une formation musicale réduite.

Chacun de mes articles est une sérénade, un hommage à Assia Z, notre patronne magnifique, droite, juste, persévérante, audacieuse.

Oh toi qui m’as donné la plume pour me pavaner entre les pages
Laisse-moi écrire la vie du Canada jusqu’au Congo
Toi qui m’as dit que l’amour n’était pas le pire des présages
Laisse-moi être ta chose, ta lueur ou ton Gitano.

Crédit photo : spainisculture.com

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