Révise tes classiques #5

Ceci est une annonce à la population. Il va clairement falloir arrêter de m’envoyer des courriers de proposition de sujets relatifs à la chronique que vous êtes en train de lire. Je vous laisse analyser cette phrase et je reviens.

Non, nous n’aborderons pas Andalouse de Kendji Girac comme un classique, sous prétexte qu’elle a été élue chanson de l’année par TF1. Aujourd’hui, nous nous intéressons à une œuvre interprétée par les plus grands, de Bocelli à Pavarotti, en passant par Barbara Hendricks, j’ai nommé l’Ave Maria (les personnes citées précédemment sont des chanteurs d’opéra, pas les acteurs du prochain spin-off des Experts). Remettons les choses en place, Ave Maria par-ci, Ave Maria par-là, l’œuvre de Franz Schubert n’a strictement aucun rapport avec le morceau de Carlos Santana, et d’ailleurs, à l’origine ce n’est même pas comme cela qu’il s’intitule.

Tout commence par une belle journée de l’année 1810. Sir Walter Scott est âgé d’une trentaine d’années, il est écossais et poète à ses heures perdues. Adossé à un sapin, il écrit La dame du lac avec un crayon à papier HB sur une feuille Canson 21×29.7, il porte un jean Celio Club plutôt mal coupé, et une chemise The Kooples qui était en soldes, du coup il s’est autorisé une petite folie (je suis précis c’est plus sérieux). Son poème se compose de six chants relatifs à six journées. On y trouve trois intrigues, je fais court : un concours entre trois types pour pécho la bombe du village, les chamailleries entre le roi Jacques V d’Ecosse et James Douglas (qui n’est pas non plus acteur), et la guerre entre écossais des Lowlands et des Highlands. Bref, autant de détails pour vous dire que le poème est tombé dans l’oubli, un peu comme Ilona qui chantait Un oiseau, un enfant, une chèvre*. Par ailleurs, c’est en partie à cause de ce poème que le Ku Klux Klan brûlait des croix. Si les types s’étaient arrêtés aux croix ça aurait arrangé tout le monde, mais non il a fallu qu’ils en rajoutent (n’allez pas crier au scandale, je suis métis, un mélange de couleurs oooooh).

C’est ici qu’apparait notre bon vieux Franz Schubert, né le 31 janvier 1797 en Autriche (2,8 kg la maman se porte bien). Il sera l’un des plus grands compositeurs du XIXe siècle, mais meurt d’un typhus abdominal, venu s’ajouter à sa syphilis… c’est-à-dire que le type n’avait aucune chance en fait. Il s’inspire de La dame du lac pour composer Ellens dritter Gesang qui se prononce «ellens dritter gesang».  Pour ceux qui n’ont pas fait allemand LV2, parce qu’ils trouvaient que cette langue s’apparentait à une angine blanche, je vous traduis : « la troisième chanson d’Ellen ». Il s’agit d’un hymne à la vierge, et nous parlons bien de la maman du petit Jésus qui aurait pu être l’un des membres des Avengers.

En 1825, Schubert s’inspire donc du poème de Scott, et raconte l’histoire d’Ellen Douglas qui est accessoirement la dame du lac.  Elle était tranquille avec son père, mais il a fallu que Roderick Dhu vienne s’incruster pour manger une raclette, Roderick qui, en plus d’avoir un nom à coucher dehors, est le chef du clan alpin. La dame du lac était exilée et Roderick l’a protégée. Le problème c’est que maintenant Ellen Douglas, son père et l’amateur de raclette sont réfugiés dans une grotte, et ne font pas trop les malins. La dame du lac décide donc d’adresser une prière à la Vierge Marie :

Ave Maria! Jungfrau mild,

Erhöre einer Jungfrau Flehen,

Aus diesem Felsen starr und wild

Soll mein Gebet zu dir hinwehen.

Wir schlafen sicher bis zum Morgen,

Ob Menschen noch so grausam sind.

O Jungfrau, sieh der Jungfrau Sorgen,

O Mutter, hör ein bittend Kind!

Ave Maria!

En réalité, Schubert s’inspire de Scott pour composer sept chants, composés pour des voix de femmes  et de barytons. C’est Adam Storck qui adaptera les paroles en allemand.

Est-ce bien un texte de chanson ?

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