Room (2016) de Lenny Abrahamson

Avant sa sortie, Room était un des films les plus attendus. Ce fait peut s’expliquer par l’ambiguïté de son intrigue mais aussi, par ses diverses nominations, le tout ponctué de l’Oscar de la meilleure actrice pour Brie Larson. Néanmoins, beaucoup craignaient une focalisation sur la performance des acteurs au détriment d’un ensemble de qualité. Heureusement, le réalisateur irlandais Lenny Abrahamson a su nous livrer une œuvre touchante traitant de la solidité de l’amour et de la perception du monde…

Room est l’adaptation du roman éponyme d’Emma Donoghue, sorti en 2013. Nous y suivons l’histoire de Jack et sa mère Ma. Tous deux vivent enfermés dans une pièce sobrement prénommée « Room ». C’est dans ce petit endroit que mère et fils ont construit une vie, partageant un lit, une baignoire, une cuisine, des sanitaires et enfin une télévision. Ma tente, tant bien que mal, d’éduquer Jack tout en assurant sa sécurité, notamment face au « vieux Nick » (old Nick) qui les approvisionne chaque semaine. Lorsque Jack fête son cinquième anniversaire, Ma décide de lui expliquer qu’il y a un monde en dehors de la Room et qu’elle n’a pas toujours vécu dans cette pièce…

L’enjeu principal de ce film était de reproduire l’ambiance du roman en s’appliquant à délivrer le même message. Cela semble logique, pourtant le passage de la littérature au cinéma n’est pas chose aisée.

Abrahamson a prouvé qu’il avait sa place à Hollywood. Le réalisateur a su nous transporter dans cette histoire malgré un pitch quelque peu dramatique, voir glauque. Nous nous retrouvons immiscés dans le quotidien des deux protagonistes et il est possible de capter toute l’intensité qui les lie. Au-delà de ça, Abrahamson plonge le spectateur dans la tête des personnages. Via des plans minutieusement choisis et une bande sonore sobre, le public voit le monde tel qu’il est perçu par les personnages, cela modifie considérablement notre vision des éléments du film (par exemple la Room devient plus grande), et nous permet de mieux comprendre l’évolution de l’intrigue.

Egalement, Room réussit le pari d’explorer le paradoxe des relations parentales et affectives. Jack et Ma s’aiment d’un amour infaillible, mais par moments ils se détestent. Ces différentes émotions sont très bien retranscrites par Brie Larson (States of Grace), et le jeune Jacob Tremblay. Les deux acteurs sont tellement époustouflants qu’on en oublie parfois que nous regardons un film. L’Oscar obtenu par Brie Larson est mérité. Cependant la mention spéciale revient à Jacob Tremblay. Sa performance dans la peau de Jack est marquée par une certaine innocence, propre à chaque enfant, ainsi qu’une grande sincérité. D’ailleurs, Tremblay aurait pu hériter d’une nomination aux Oscars, mais nous ne pouvons pas blâmer l’Académie car le jeune homme est encore nouveau dans la profession, et il a toute une carrière qui l’attend (espérons juste qu’elle soit grande !).

On peut donc dire que Room se pose comme un messager de l’amour. De plus, cette œuvre montre que le concept de perception est propre à chacun, car il dépend toujours des valeurs qui nous sont inculquées et de ce qui nous entoure.

Par contre, il est possible de dénoter quelques bémols. Ces derniers ne relèvent pas de la psychologie, mais des caractéristiques cinématographiques de Room.

La principale chose qu’on peut lui reprocher est son genre. Il est difficile de qualifier Room de thriller, tout simplement car la sensation de tension et d’angoisse n’est présente que dans une partie du film.

La deuxième chose est sa réalisation inégale. Abrahamson débute son film par des plans très tactiques, le but étant de tromper notre perception. Néanmoins, le réalisateur ne va pas toujours au bout de ses idées et malheureusement, il retombe souvent dans une mise en scène classique, sans réelles surprises. Room perd alors de sa saveur et favorise largement le jeu des acteurs (Abrahamson y perd de son importance).

Enfin, le film semble figé sur Jack et Ma. Même s’il s’agit de comprendre leur union, il aurait été judicieux d’être plus profond sur certains thèmes abordés en surface. Plusieurs personnages, comme celui de Joan Allen (la mère de Ma), méritaient, d’ailleurs, plus d’intérêt.

Ces points négatifs ne nous empêchent pas réellement de savourer ce film, mais ils demeurent importants car Room n’est pas accessible à tous. C’est pour cela que l’harmonie entre technique, intrigue et jeu d’acteur est primordiale.

Au final, Room est surtout est un film de contenu, oscillant entre amour et psychologie.

Plus simplement, c’est sincère, réaliste et surtout émotif…

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