Rythmes sans fin

En écho avec l’exposition Sonia Delaunay au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, le centre Georges Pompidou nous fait découvrir une partie de l’œuvre de Robert Delaunay.
L’exposition est assez courte et très cachée, mais demeure une petite pépite pour le visiteur avisé, et lassé des foules.

L’œuvre de Robert Delaunay s’apparente beaucoup à celle de sa femme, elle est pleine de couleurs et de formes qui se répondent entre elles, pour créer des toiles harmonieuses, des toiles synesthésiques où les couleurs renvoient à de la musique, spécialement au jazz.
Mais, au Centre Pompidou, ce qui est exposé, ce sont les œuvres et les projets de l’artiste, qui se différencient de ce que l’on connaît, c’est-à-dire ses collaborations en matière d’architecture, son intérêt pour la peinture murale et, finalement sa passion pour la modernité, incarnée par la ville de Paris.

Les toiles de Delaunay déforment les formes à la manière de Juan Gris, et de Georges Braque, et jouent avec les objets représentés. Une des toiles qui est accrochée, La Tour Eiffel (1926) montre la tour métallique d’après un angle de vue intéressant, en contre plongée, ce qui fait de la tour un colosse de fer. Autre tableau qui représente la ville est La ville de Paris, où l’on voit Les Trois Grâces aux accents cubistes, derrière elles la ville se déploie dans toute sa splendeur. Après cette période, l’artiste décide d’abandonner la peinture figurative pour s’imbriquer entièrement dans la peinture abstraite, où il continue ses quêtes plastiques notamment sur la couleur et le cercle chromatique, et la modernité dans la peinture. C’est pour cela que Paris devint un motif constant dans l’art de Robert Delaunay, car elle symbolise une modernité chère à l’artiste.

C’est aussi vers cette époque qu’il s’intéresse à l’architecture, et collabore dans quelques projets, comme celui de l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, pour laquelle il réalisa une fresque énorme. Les rythmes plastiques n’abandonnent jamais le travail de Delaunay, les formes sinueuses et les arabesques abstraites sont transposées dans les toiles, la modernité se traduit aussi par les courbes et par les moyens des transports représentés.

Autre partie abordée par l’exposition est la place du décor dans l’œuvre de Robert Delaunay. Une photographie montre un décor que l’artiste et sa femme, réalisèrent pour un film d’Abel Gance. Quelques pièces de mosaïque montrent cet aspect méconnu dans l’œuvre de l’artiste, mais qui ne surprennent, pas car le décoratif est crucial dans le développement de l’art abstrait.

L’exposition est riche en documents tels que des esquisses, en matériel audio-visuel et en documents qui corroborent ces quelques aspects peu explorés du travail de Robert Delaunay. Elle complète l’exposition de sa femme Sonia Delaunay au Musée d’Art Contemporain de la Ville de Paris en contextualisant leur travail et en faisant un parallèle entre les deux artistes : finalement que ce soit en architecture, en peinture, ou en décoration, leur but fut toujours celui de trouver l’harmonie, la musicalité dans leur production artistique. Un perpétuel mouvement dans la matérialité plastique.

Crédits photo

Les commentaires sont fermés.