Sans sang – Tito Faraci & Francesco Ripoli (2015)

Autant parfois je sais que mes avis sont un peu corrompus par mes propres penchants pour un certain genre, autant cette fois, je sais que je vous propose une BD capable de plaire à tout le monde. Sans Sang de Tito Faraci et Francesco Ripoli raconte l’histoire d’une enfant et d’une femme, toutes deux hantées par un échange de coup de feu, en plein centre de l’Italie.

La BD plonge le lecteur au cœur de l’action, avec un début en in medias res comme on les aime : une voiture s’arrête devant une ferme délabrée. Trois hommes en descendent et somment les habitants de sortir sans faire d’histoire. Le propriétaire de la ferme refuse de se rendre. Avant de sortir ses armes, il cache sa petite fille, et ordonne à son fils de s’enfuir. Échange de coups de feu, durant lequel le père et le fils succombent. Les trois hommes se mettent alors à la recherche de la fille de la maison. Le plus jeune d’entre eux la découvre, mais sans autre explication, cache sa découverte à ses camarades. Des années plus tard, cette petite fille est devenue Dona Sol, et recherche activement les coupables du massacre de sa famille. Elle garde pour la fin celui qui lui a sauvé la vie en taisant sa découverte.

Bien qu’y ressemblant, l’histoire n’a rien à voir avec celle de Kill Bill de Quentin Tarantino. On ne suit pas Dona dans sa vengeance. On la découvre petite fille avant de la retrouver femme, en train de boire un verre avec le dernier des trois hommes. Elle a manifestement envie de lui raconter sa vie, de savoir ce qu’il a entendu à son propos, et de comprendre pourquoi il l’a sauvée. Depuis toutes ses années, ils n’ont jamais pu s’oublier mutuellement, sans pourtant avoir jamais échangé un seul mot.

L’histoire est tirée d’un livre d’Alessandro Baricco, auteur italien, sorti en 2003. Je ne l’ai pas lu, mais il s’agit manifestement d’un livre très court puisque l’histoire tient toute entière dans une BD de 96 pages. On sent vraiment d’ailleurs, à la lecture de la dite BD, que le tout se base sur une œuvre littéraire. En effet, l’ambiance style film noir est vraiment frappante. Il aurait été difficile de croire qu’une BD puisse à elle seule créer une telle impression. Attention, je ne dis pas que c’est impossible pour ce média qu’est la BD de créer une telle impression, je dis simplement que c’est assez rare et qu’en général, il y a en amont un support soit littéraire, soit cinématographique. Je nuance mes propos puisque je vais me contredire pas plus tard que maintenant.
La BD a tout de même un grand rôle à jouer, malgré tout, dans la construction et le maintien de cette ambiance. Ses dessins crayonnés aux couleurs très sombres ne peuvent qu’aller dans le sens d’une histoire tragique, aux protagonistes nourris par le feu de la vengeance, ou par le malheur qui les suit tel un nuage noir de dessin animé. Ces dessins laissent apparaître clairement ses fondations proches de l’aspect de la suie ; ses crayons aux mines qui s’effritent donnent l’impression qu’il pleut sans cesse dans cet univers, comme si le monde pleurait pour Dona Sol. C’est vraiment l’impression que j’ai eue en lisant cette œuvre, je n’écris pas cela juste pour caser une jolie image.

Sans être une découverte bouleversante, Sans Sang est une bien belle histoire, qui commence dans le sang, pour se finir dans le pardon, par un dialogue, un échange. Elle se lit très vite et vaut vraiment les vingt minutes que vous avez à tuer.

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