S+arck : Le château dans le ciel

Philippe Starck frappe fort en ce début d’année, on l’avait aperçu à Montpellier avec son projet de « nuage gonflable » et le revoilà cette fois-ci à Metz, pour présenter son tout dernier concept : un hôtel monolithique avec, perché sur son toit, un manoir lorrain. Quoi de plus agréable que de rester dans la poésie et l’excentricité. Adepte d’une certaine exubérance, « l’enfant gâté » du design français continue d’impressionner la galerie avec un projet ambitieux, qui ne manquera pas de faire réagir ses détracteurs.

Starck l’empereur, le mage, l’unique, écrase par sa force de frappe le monde du design français. Ne jurant que par lui, les marques se l’arrachent et les particuliers aussi. Touchant à tout (hôtels, restaurants, bars, maisons écologiques, fournitures de cuisine, photomaton etc, etc, etc) ce génie du design a su attirer l’attention du monde sur son travail, à la manière d’un Koons ou d’un Murakami. Exit cependant la promotion ou le parrainage d’autres artistes, le voici seul maître à bord, à la manière des peintres du XVIIème siècle qui régnaient en monarques sur leurs ateliers. Celui qui détient l’empire S+arck n’en reste pas moins sensible au débats patrimoniaux qui agitent le monde de l’art en ce moment. Dans une reconquête des provinces, les grands musées parisiens s’exportent vers des villes qui furent, pendant longtemps, loin des retombées culturelles de la capitale. C’est ainsi que Lens et Metz sont devenues, en l’espace de quelques années, des pôles artistiques importants dans le paysage français, que ce soit pour le Louvre-Lens ou le Centre Pompidou Metz. Mais pour garder un engouement autour de ces villes, il faut générer une certaine attractivité qui se doit d’être autre chose que muséale, pour éviter de tomber dans l’aberration d’un projet culturel ex-nihilo sans lien fort avec sa région (le musée des Confluences par exemple ?). Metz a choisi un investissement dans la pierre, et pas n’importe laquelle, celle de Philippe Starck pour la somme de 25 millions d’euros.

De la cave à la girouette de la tour Nord, l’ensemble sera entièrement conçu par le designer, élément assez rare pour le souligner, alliant avec merveille modernité et authenticité régionale. Sur l’écran, le projet nous semble tout droit sorti d’un screenshot des Studios Dreamworks avec ce manoir princier au sommet d’une montagne artificielle, il ne manque plus qu’un dragon endormi sous le parking et tout y est. Non loin du Centre Pompidou, la « Forteresse Starck » aura une capacité de 90 chambres, de 9 suites, deux restaurants, un Spa et une salle de fitness, histoire de se muscler le corps et l’esprit. Evidemment politique, ce projet est véritablement l’amorce de ce qui sera désormais la norme en France, l’apparition de musées de province autonomes, solidement ancrés autour d’un maillage culturel étudié pour être à la fois attractif et décentralisé. Une sorte d’échanges de « bons procédés » plutôt bien choisis entre la maison S+arck et le Centre Pompidou, car chacun profitera de l’attractivité de l’autre pour se développer, et donner une autre bonne raison de sortir du cocon parisien.

Début des travaux en 2016 et ouverture en 2018, on a hâte de voir le résultat !
Pour les infos sur son site.

Crédits photographies : S+arck.com

Les commentaires sont fermés.