Schinbô

Au Japon, entamer une carrière de sumotori n’est pas chose facile. Faire ce choix de vie signifie la fin de toute distraction autre que manger, dormir, et s’entraîner. Lorsque l’on devient sumo, on ne doit plus se consacrer qu’à cela.

Le film de Jill Coulon, Tu seras sumo, au départ tourné en 2008, diffusé à la télévision pour être finalement porté au grand écran aujourd’hui, se présente comme un documentaire de cinéma-vérité. Le héros du film, rencontré seulement 3 jours avant le tournage en est le narrateur. Je ne vous cache pas que le franc parlé de ce jeune sportif manque quelque peu d’élégance et l’éducation japonaise stricte qu’il a reçue peine à faire sortir de son discours des émotions. Cependant, petit à petit, on découvre un personnage plus névrosé qu’il ne semblait l’être au départ.

Avant d’aller voir ce film, je vous préviens, il ne vaut mieux pas être gêné par les ventres et les rondeurs. A la manière du journalisme de strip-tease, les dessous des Sumos nous sont présenté. La vie dure, quasi-militaire, et le renoncement à la bonne santé forment le régime strict de ce sport. Je vous demanderai d’ailleurs de porter une oreille attentive au souffle lourd et gras des Sumotori qui vient rythmer le film tel un métronome.

En japonais, Schinbô (titre originale du film) est synonyme de patience ou de persévérance. Le film existe en deux versions qui, je pense, s’interprètent de deux manières complètement différentes. L’une nous dit : il vaut mieux abandonner les choses qui ne nous plaisent pas ou qui nous font du mal (il s’agit de la morale de la version française), et l’autre : C’est en persévérant et en surmontant la douleur qu’on devient un grand homme (il s’agit de la morale de la version japonaise).

La réalisatrice, Jill Coulon, a confirmé lors d’une rencontre organisée au cinema le Reflet Médicis, l’existence de ces deux versions. En réalité la première, qui n’est autre que le regard d’une française sur la société japonaise, ne plaisait pas aux diffuseurs japonais, il fallut alors qu’elle rajoute des scènes, ce qui change complètement de le sens de ce documentaire. J’espère ainsi que la version japonaise nous sera un jour disponible, puisque la fin allant apparemment plus loin dans la vie du “héros”, nous montre véritablement l’importance des questions d’honneur dans la société Japonaise.

Ce film, diffusé hélas dans peu de salles, mérite vraiment d’être découvert. Non seulement il vous flattera l’oeil mais en plus vous en apprendra beaucoup sur ce sport si méconnu en France, le Sumo.

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