Sélinonte entre abandon et autonomie

Sélinonte, avec ses 270 hectares, est le plus grand parc archéologique d’Europe. La colonie grecque a été fondée au VIIe siècle avant Jésus-Christ sur la côte méridionale de la Sicile.

Malgré sa richesse archéologique, Sélinonte est tristement connue pour être l’un des terrains les plus violés, et volés par les pilleurs d’objets archéologiques.

L’ancienne ville grecque se trouve aujourd’hui dans l’une des zones les plus affectées par la Mafia, la ville de Trapani et la marie de Castelvetrano, où vit le trafiquant d’œuvres d’art Gianfranco Becchina, dont le Commandement de Tutelle du Patrimoine Culturel (TPC) de l’Armée des Carabiniers italiens a récemment trouvé les caveaux et les dossiers et d’où vient également le chef de « Cosa Nostra », Matteo Messina Denaro.

Depuis les années soixante les fouilles illicites ont appauvri le patrimoine de Sélinonte et enrichi les trafiquants mafieux, ainsi que les acheteurs étrangers. Le surintendant Vincenzo Tusa imagina même comme solution d’embaucher les « tombaroli », les pilleurs de tombes, qui étaient pour la plupart des paysans et des pêcheurs du coin. Ainsi fût fait.

A l’heure du Grand Projet Pompéi, de l’Expo Universelle de Milan, des réformes de Franceschini, le parc se trouve dans une situation d’abandon triste et inquiétant. Les temples nécessitent des restaurations. Le parc, très vaste, a besoin d’entretien et de surveillance. Un financement européen de presque 3 millions d’euros (2.850.000 euros) permet la restauration des deux temples qui présentent des situations alarmistes de conservation. Dans cette enveloppe, les moyens pour construire un théâtre en métal et verre de 600 places, ont été préservés, alors que les mauvaises herbes infestent les parcours touristiques, et que les enceintes de la zone archéologique tombent en ruines ; sans mentionner que les effectifs qui devraient assurer la surveillance du parc, d’autant plus importants dans cet espace aussi délabré, ne sont qu’au nombre de 70 sur 120 demandés.

Le parc est dirigé depuis octobre 2013 par Giovanni Leto Barone, déjà directeur du parc archéologique d’Agrigente, qui nie tout état d’abandon ! Il se félicite, en revanche, des recettes d’entrées de 2013 (870 mille euros pour 260 mille visiteurs) et de l’autonomie que le parc a acquise depuis avril 2013. Le comité scientifique du parc, composé de lui-même, du surintendant de Trapani, de deux architectes, d’un représentant de l’Unesco, d’un représentant de Legambiente (association environnementale) et des collectivités territoriales, devrait commencer à mettre en œuvre sa politique à partir de 2015.

Plus au sud de Pompéi, il y a d’autres sites qui nécessitent et méritent l’attention internationale sur leurs sorts. Mais malheureusement, c’est seulement ainsi que l’Etat Italien agit, avec l’aide européenne et notamment à la lumière de l’autonomie, dont la Sicile et maintenant Sélinonte, bénéficient.

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