Serial-Killer et oeuvres d’art

C’est le pari fou du jeune artiste Magnus Gjoen qui s’inspire de l’esprit des serial-killers pour créer des monstres étranges à l’allure délicieuse.

Il ne s’agit aucunement de concevoir des oeuvres morbides ou ensanglantées. Non, il s’agit de s’intéresser à la complexité de la psychologie des serial-killers. Au début, l’artiste explique qu’il était tombé sur cela, un peu par hasard, mais que plus il cherchait, plus il était fasciné. De fil en aiguille, il en est venu à s’intéresser, réellement, à la manière complexe  de penser des serial-killers. 

Mais ce qui est incroyable dans le travail de ce jeune artiste, c’est que ses monstres sont des combinaisons d’œuvres anciennes avec des formes beaucoup plus contemporaines. On peut, par exemple, apprécier un crâne rempli de peintures de la Renaissance. Il va s’inspirer des artistes très anciens, voir même des modèles qu’on retrouve sur les vases Ming, tout en les mixant avec des univers comme ceux de Sonya Delaunay, Gio Schiano et bien d’autres. Et c’est là qu’on se retrouve à contempler un A-K 47 aux motifs de porcelaine chinoise. Avouez que ce n’est pas banal !

Magnus Gjoen fouille, décortique l’esprit de ces tueurs en série, afin d’imaginer des oeuvres de plus en plus complexes. L’artiste explique que lorsqu’il étudie des oeuvres anciennes, il y a ce même côté primitif qui s’en dégage, que lorsqu’il lit des ouvrages sur les tueurs en série. On comprend mieux son attrait pour l’organisation, la complexité, lorsqu’on sait qu’il a été designer pour Vivienne Westwood. On ne peut qu’être frappé par la minutie et la méticulosité de ses oeuvres. On est tiraillé entre être fasciné ou choqué, émerveillé ou décontenancé. C’est cette dualité, autant paradoxale que superbe, qui rend son oeuvre magnétique. On se retrouve à contempler les visuels, les uns après les autres en ne se lassant pas, les yeux  toujours fixés sur le travail de ce jeune artiste sans réussir à décrocher le regard une seule seconde.

Il renforce d’autant plus ce côté, à la fois glauque et exquis, lorsqu’il quitte le travail digital pour imprimer ses réalisations sur du bois ou du persplex. Magnus explique que ces matériaux rappellent le côté enfantin, le bois, le plastique de couleur ; en opposition avec des visuels et des compositions si effrayantes. Il explique encore que c’est comme le tueur en série qui donne vie à ses fantasmes de jeunesse de façon complètement disproportionnée. Le processus du tueur est qu’il a accompli son « oeuvre » lorsque sa victime est morte. Ici, il en est de même. La réalisation d’une oeuvre prend du temps. On imagine sa « victime », on lui tourne autour, on se la représente, on la désire, on rêve à tout ce qu’on pourrait en faire. Puis quand elle «est», quand elle est terminée, on a accompli notre but. Bien évidemment, il n’est pas question, ici, de tuer qui que ce soit pour y parvenir.

Toutefois, il est intéressant de lier le processus artistique au processus d’un tueur. La psychologie est la même, à la différence qu’aucun mal n’est fait aux individus en art. Quoique Le Caravage… Mais c’est une autre histoire.

Un artiste est quelqu’un qui est obsédé par le détail, la précision. Il répète son geste à l’infini, il prépare les choses de façon presque maniaque. Une fois qu’il a atteint son objectif, il demande plus. C’est comme une drogue, il lui en faut d’avantage. Les méthodes de penser, de construire son raisonnement, et de prévoir ses actions sont étroitement liées. Cela parait irréel et presque absurde à première vue. Cependant, plus on se plonge dans cet univers, plus on analyse la méthode de penser d’un criminel en série, et celle d’un artiste, et plus on retrouve cette méthode, ce désir d’organisation, de contrôle, de force. Ce désir de posséder. 

Magnus Gjoen nous prouve parfaitement que son raisonnement se tient, il faut bien évidemment y songer avec du recul. Encore une fois, il n’est pas question ici de commettre quelque meurtre que ce soit. Il s’agit juste de comparer deux psychologies. 

Un artiste, qu’on peut penser fou, mais qui est absolument génial ! Je vous conseille d’aller faire un tour sur son site et d’apprécier ! Il y a même un e-shop.

Crédits photo : Magnus Gjoen

Les commentaires sont fermés.