Sésostris III : Hail to the King

Même si c’est le mois de la photographie, mettre le nez dans des affaires de 4.000 ans ne peut pas faire de mal. C’est donc au Palais des Beaux Arts de Lille que se trouve cette exposition, assez incroyable je dois l’admettre, autour de ce pharaon méconnu. La ville n’étant pas réputée pour ses collections d’antiques, on pouvait se demander si ça n’allait pas faire un peu « bricolage ». Absolument pas.

Le pari est doublement réussi car le musée a eu la présence d’esprit d’inclure au début du parcours, deux œuvres monumentales des artistes Antony Gormley et Wolfgang Laib. Situées dans l’Atrium, ces œuvres puisent leurs racines dans la mythologie de l’Egypte Antique, et le titre évocateur -Voyage au bout de la Vie- est un clin d’œil plus que marqué aux croyances de l’au-delà chez les Egyptiens. Dominant la salle, la ziggurat de l’artiste allemand Wolfgang Laib évoque avec majesté les premières pyramides de l’Ancienne Egypte, sorte de lien avec le divin. Mais le plus impressionnant c’est la matérialité de cette œuvre. Constituée de bois et de cire d’abeille, elle offre une lumière jaune adoucie, et une délicate odeur sucrée pour les visiteurs alentours, symbole de pureté, de puissance et d’abondance. Celle de Gormley joue sur la vision du corps à travers l’image des momies, du passage dans l’au-delà et de l’immortalité du corps. Les trois pièces de bois sculptées évoquent assez finement ces interrogations si chères aux égyptiens, et elles sont une formidable entrée en matière car le reste de l’exposition est TOUGH.

Comme on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise à Lille, en descendant vers l’entrée de la salle on tombe sur quoi ? Une expo photo ! Mais ici rien n’est laissé au hasard, et le fil conducteur égyptien est toujours très présent. Cette petite visite permet en une dizaine de minutes de se faire une idée de l’avancée technologique qu’a été la photographie pour les fouilles archéologiques. Interstellar chez Ramsès II en somme ! A travers une trentaine de clichés, de dessins, de cartes, d’aquarelles et de matériel d’époque, Révélateur(s) d’Egypte nous montre l’évolution de cette technique et son amélioration constante, et nous offre une vision intéressante sur un sujet assez pointu.

Voici donc le cœur de l’exposition, Sésostris III, mac absolu de l’âge d’or de la civilisation égyptienne. Autour d’une scénographie impeccable (ambiance bleutée, proximité avec les objets, ilots thématiques, cartels d’explication pour les enfants etc..), on découvre la puissance militaire, religieuse et politique d’un des plus grands pharaons de l’Histoire. Vers le milieu du Moyen Empire (v.1872-1854 av.J.C) l’histoire de Sésostris III est révélatrice de bouleversements innombrables. Tout change ; la manière de travailler, de faire la guerre, d’adorer les dieux et de les représenter. Et on prend le temps de découvrir tout cela grâce aux 300 objets issus des collections les plus prestigieuses (le British Museum, le Louvre, le Nelson-Atkins Museum, le MoMA etc.) qui collent parfaitement aux textes imprimés sur les cimaises et à la logique de l’exposition. Pour faire simple il y a 4 zones à délimiter :

• Le pharaon, sa cour et ses sujets : la famille royale, la gestion de l’image royale, les élites et les classes plus pauvres, histoire de poser des bases solides.
• Un empire toujours plus vaste : le mec n’était pas qu’un dieu vivant, c’était aussi un super chef de guerre et un grand conquérant. Armes, bijoux et statues en pagaille.
• Le monde des dieux, le monde des morts : les rites funéraires, comment étaient perçues ces pratiques, comment elles s’organisaient, et la reconstitution en 3D d’une chapelle funéraire –juste top- pour mieux se plonger dans cet univers.
• Et la Légende de Sésostris III : car tout bon pharaon commence à écrire sa légende dès qu’il est en âge de marcher ou de jouer avec un arc. Monuments, textes, hymnes, bas-reliefs, musique, tout pour glorifier Monsieur.

Si vous n’avez que 5min pour faire l’expo je vous conseille de vous attarder sur 3 œuvres majeures : le Sphinx de Sésostris III (coll. MoMA), le pectoral en or du Louvre (vous ne pouvez pas le louper c’est le plus bling-bling), et la tête de Sésostris III (un des meilleurs portraits du pharaon).
Ah oui, dernière info, tout est gratuit. L’expo permanente (la collection du Palais) et l’expo temporaire, sous présentation d’une carte d’étudiant.

Exposition Sésostris III : Palais des Beaux-Arts de Lille, Place de la République, 59000 Lille.

Crédits photographies : PBA de Lille.

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