SEYDOU KEITA – Du noir et blanc haut en couleurs

Le Grand Palais présente le travail du photographe malien jusqu’au 11 juillet. L’exposition est organisée par la RMN avec la participation de la Contemporary African Art Collection et The Pigozzi Collection.

Bref historique

Seydou Keïta est né vers 1921 à Bamako, ancienne capitale du Soudan Français. Il n’ira pas à l’école, mais travaille comme menuisier avec son père et son oncle, et c’est ce dernier qui lui offrira son tout premier appareil photo, un petit Kodak Brownie. Très rapidement il se prend de passion pour la photographie, et c’est très vite qu’il commence à gagner sa vie grâce au médium. Il ouvre quelques années plus tard son premier studio photo au coeur d’un quartier bouillonnant de vie. Il aime travailler dehors, à la lumière naturelle, et préfère le noir et blanc. Seydou Keïta est un amoureux inconditionnel de la photographie, et souhaite satisfaire au maximum son client en prenant le meilleur cliché de lui. C’est donc avec passion qu’il travaille, sans relâche, et réalise ainsi un nombre incalculable de clichés. 

Très vite, l’artiste connait une notoriété qui traversera les frontières du Mali. Bien que son oeuvre soit réalisée sur une courte période, la densité avec laquelle il a travaillé permet aujourd’hui d’avoir une documentation incroyable sur le Mali. Ses clichés révèlent la façon dont les gens s’habillaient, se comportaient. On remarque les changements de la société, l’émancipation de la population malienne. Seydou Keïta est aujourd’hui comme l’un des photographes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, au même titre que Richard Avedon. Il a été découvert tardivement, dans les années 90, et depuis, il est exposé dans de nombreux pays. Le Grand Palais lui rend hommage aujourd’hui de façon unique puisqu’aucune rétrospective de cette ampleur n’a jamais été réalisée. Pour cette exposition ce sont près de 300 oeuvres qui ont été réunies, autant dire que c’est incroyable. Les tirages sont modernes, tous signés de la main de l’artiste, avec aussi des tirages d’époque, uniques. 

Une société malienne haute en couleur

Le parcours de l’exposition a été habilement pensé. On entre avec une cloison colorée d’un décor WAX, on est tout de suite dans l’ambiance. Les salles de l’exposition ont leurs murs peints en rose et en prune. Les couleurs font ressortir à merveille les magnifiques portraits en noir et blanc. Le Grand Palais présente un grand nombre d’œuvres, et pourtant aucune « indigestion » ne se fait ressentir. On navigue de salle en salle, tranquillement, les oeuvres sont espacées et bien choisies. On apprécie les portraits les uns à la suite des autres, sans se presser ou sans avoir besoin de se concentrer. Le regard est fluide. La salle dite « Vintage » présente des tirages d’époque. Seydou Keïta tirait lui-même ses photographies. Keïta réalisait ses portraits à la chambre, et tirait ensuite ses clichés à l’aide d’un châssis-presse, mais n’utilisait aucun agrandisseur. Keïta gardait minutieusement ses négatifs mais ne gardait pas les tirages d’époque dans son studio. Ces tirages ont été retrouvés plusieurs années après, abandonnés par des clients. Aucune précaution n’avait été prise quant à la conservation des tirages, ce qui explique l’état de certaines oeuvres. Beaucoup de clichés ont pris la poussière, la chaleur, l’humidité. Cependant malgré l’état de ces portraits, c’est une chance que de pouvoir les admirer, dans cette salle feutrée de l’exposition. Les portraits sont partout autour de nous, les murs sombres, la lumière basse nous donnent le temps de les admirer un par un. Prendre le temps de poser son regard sur les accessoires, de comprendre les pauses, d’analyser les modèles.

On constate que les motifs sont très présents dans les portraits de Keïta. Et les vidéos diffusées lors de l’exposition démontrent la façon qu’a le photographe de travailler, ainsi que la richesse des couleurs, présentes dans ces motifs, et que l’on retrouve constamment. On le voit prendre plus de 40 portraits par jour, les habitants défilent, parfois se battent, pour se faire tirer le portrait. Tout le monde y passe, les artisans, les commerçants, les militaires, les politiciens… Le tout Bamako veut se faire immortaliser par l’oeil de Seydou Keïta. Les clients se prêtent au jeu et posent sans gêne pour Keïta. Peu d’accessoires sont utilisés, quelques fleurs, des chaises, un scooter, une voiture ou des bijoux, ainsi les portraits sont naturels, authentiques. C’est ce qui permet, aujourd’hui, d’avoir la trace fidèle d’une réalité malienne d’alors. Il est très important de s’intéresser au travail de Keïta, car il immortalise l’évolution de la société, son émancipation. La mode évolue, le comportement aussi. 

Le plus frappant, ce sont les couleurs qui semblent exister, et la vitalité qui se dégage des portraits. Les personnages prennent vie, ils sont réels, debout, face à nous. On a l’impression de plonger dans le Bamako d’il y a quelques années. Les motifs nous accrochent et les couleurs se mettent à exister. Les photos sont en noir et blanc, et pourtant elles sont vivantes ! On voit apparaitre du bleu vif, des verts profonds, des rouges denses… On se met à sentir le soleil, la chaleur du Mali, on entend les gens rire et parler. Même si le reportage au loin se fait de moins en moins entendre, on a réellement le sentiment que toutes les oeuvres qui nous entourent commencent à prendre vie. 

Des oeuvres qui vous feront voyager à coup sûr ! L’exposition est très bien construite et les travaux présentés permettent de comprendre la démarche du photographe en profondeur, et de plonger dans la société malienne le temps d’un instant. 

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