Sonia Delaunay : une immersion dans la couleur pure

Le travail de Sonia Delaunay est souvent confondu avec celui de son deuxième mari, Robert Delaunay. Elle lui a pourtant survécu de trente huit ans. Trente huit années d’une production prolifique, dont on méconnait toute la richesse et la diversité.

C’est la première fois que la France lui consacre une rétrospective personnelle depuis 1967, au sein du Musée d’Art Moderne de Paris. Robert n’est pas en reste, puisqu’il est exposé au même moment au Centre Pompidou. Une belle manière de dissocier le travail de ce couple hors norme, tout en les mettant sur un pied d’égalité.
Les commissaires de l’exposition « Sonia Delaunay, les couleurs de l’abstraction », Anne Montfort et Cécile Godefroy ont fait un excellent travail de scénographie : les différents supports de création de l’artiste, tableaux, affiches, costumes, arts domestiques, sont équitablement mis en valeur.

En Russie, pays d’origine de Sonia Delaunay, on ne fait pas de distinction hiérarchique entre les différentes formes de création. L’art est pour elle un continuum qui envahit même le domaine privé, avec des objets de la vie de tous les jours.
Cette exposition met en avant la singularité de sa démarche, notamment par une approche personnelle de la couleur.

Le parcours de l’exposition est chronologique.

Les premières salles présentent des œuvres de jeunesse de Sonia, réalisées à son arrivée à Paris en 1905. Sa peinture est tout d’abord figurative. Les poses de ses personnages sont aussi austères que des portraits tsaristes, mais agrémentées de couleurs vives, dans un style fauviste, ou post impressionniste qui évoque les tableaux de Vang Gogh ou de Gauguin.
Dans la salle suivante, une robe m’a frappée par sa ressemblance avec le style de la marque Desigual. Ce patchwork inesthétique, fade et dissonant, m’a presque fait relativiser mon enthousiasme.

Heureusement, une salle entière consacrée à son travail de modéliste m’a fait retrouver foi en Sonia. Elle applique aux tissus la même démarche qu’à la peinture. Très graphiques, ses vêtements ont considérablement influencé la mode des années 60-70.

J’ai également apprécié la section concernant le travail de Sonia Delaunay en duo avec Blaise Cendrars. Les extraits de textes du poète m’ont permis d’accéder par une approche plus sensible aux œuvres de Sonia. Je me suis immergée dans l’intensité des couleurs comme on plonge son regard dans un puits de lumière. Ce jeu à la fois subtil et outré des contrastes et des formes provoque chez le spectateur une sorte de fascination fébrile.

Toute la carrière de Sonia Delaunay est consacrée à des expérimentations de toutes sortes sur les formes, mais surtout, sur les couleurs. Avec son mari, Robert Delaunay, ils créent un mouvement : le simultanéisme. Il est fondé sur la loi du contraste simultané des couleurs. Le principe est simple : lorsqu’on juxtapose deux couleurs, en particulier s’il s’agit d’une couleur primaire et de sa complémentaire, on les perçoit d’une autre couleur que lorsqu’on les regarde séparément, l’une après l’autre.

Après 1945, Sonia Delaunay bascule radicalement dans l’abstraction. Elle en est une pionnière. La couleur devient le sujet même de ses peintures. L’artiste va nier les modes de représentations traditionnels que sont le dessin, la profondeur ou la perspective. Elle va inventer autre chose, qui repose sur les principes de couleur pure et de couleurs simultanées. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ses œuvres ne sont pas répétitives. Chacune véhicule une émotion très différente. Les derniers tableaux de l’expo montrent qu’elle réintègre tardivement le noir à sa peinture. Ses œuvres s’enrichissent toujours d’une abstraction poétique.

Je vous invite à découvrir cette exposition, où je me suis dirigée avec scepticisme et que je ne regrette finalement pas d’avoir vue.

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