Street-Art dans le Pacifique Nord : Tristan Eaton x Kamea Hadar

 

Vous l’avez compris, aujourd’hui nous prenons un aller-retour pour l’autre bout de la planète, à la découverte du dernier travail de la toute jeune collaboration des deux artistes, maintenant bien connus : Mr Eaton et Mr Hadar, les deux génies de la bombe (de peinture n’est-ce pas).

Si vous suivez de près, ou de loin, l’actualité du Street-art vous avez dû vous rendre compte que Los Angeles était devenue, en l’espace de quelques années, une ville majeure dans la pratique de cet art. Se propageant à la fois comme « cache-misère » dans les quartiers défavorisés, mais aussi dans les galeries les plus tendances, la ville ne cesse d’attirer des artistes du monde entier autour de foires, expositions, ventes etc. Car, qui dit visibilité dit business. Cependant, c’est dans un esprit un peu différent que nous retrouvons Tristan Eaton et Kamea Hadar, sur la côte Ouest américaine cette semaine. Souvent considérés comme des artistes engagés, ou faisant un art « conscient », interrogeant le spectateur sur une certaine idée de la politique, des relations humaines, de la beauté et des corps ou encore de la violence, ils vont à nouveau provoquer la réflexion du public, en s’attaquant à un pan délicat de l’histoire américaine : la gestion du patrimoine et de la culture hawaïenne. Vaste programme si l’on considère que, depuis les années 50 aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, un engouement important pour l’archipel du Pacifique s’opère, mais pas toujours pour les bonnes raisons. Remplie de clichés autour des surfeurs, des chemises à fleurs, du yukulélé, des vahinés dansant lors de l’arrivée des touristes, mais aussi d’une très forte industrialisation hôtelière, Hawaï souffre de plus en plus du choc des générations. Souvenez-vous de l’exposition Tiki Pop à Paris, considérée par certains comme un vrai fiasco. C’est pour rappeler que le destin de l’île, en tant qu’identité culturelle, est fragile, que nos deux comparses ont réalisé cette fresque.

Composée de symboles iconographiques bien définis, la fresque possède son propre discours pour celui qui sait déchiffrer les dessins. Au centre, deux images d’une même femme, l’une en noir et blanc et l’autre en couleurs, représentent ce que nous pourrions appeler la « pop-culture » américaine des années 60 avec pour vous donner une idée, le film de Norman Taurog : Sous le ciel bleu de Hawaï sorti en 1961. Plages de rêves, jolies filles à la peau ambrée, cocktails et surf. Sur les côtés, deux images fortes attirent l’attention : des hibiscus (le symbole de l’archipel) en flammes. Pas besoin d’entrer dans les détails, vous saisissez sûrement que ce n’est absolument pas anodin, et par conséquent il y aurait pour les artistes, un danger bien présent dans la sauvegarde de ce patrimoine unique qui va bien au-delà de l’apport occidental. Que ce soit la religion, l’œuvre s’appelle « Pele, Maila, Hina » en référence aux déesses du feu et de la Lune, ou l’art de vivre de la population locale, ou son dialecte, cette culture assez méconnue, supporte mal les assauts du monde moderne.

Créant un lien entre la tradition et la modernité, le collectif propose une œuvre engagée qui par sa grille de lecture et sa réalisation absolument incroyable, en fait à la fois, un support pédagogique et une réalisation artistique avec un très haut niveau de maîtrise. Chapeau Messieurs.
C’est tellement récent que ce travail n’est même pas disponible sur leurs pages respectives, mais vous pouvez quand même aller jeter un œil dessus !
http://www.tristaneaton.net/
http://kameahadar.com/gallery/

 

 

Crédits photographiques : Kamea Hadar et Tristant Eaton/Brandon Shigeta.

Les commentaires sont fermés.