Super Mario transformé en réfugié

Tiens, Super Mario est de retour dans un nouvel opus. A non, à bien y prêter attention, on connaît déjà cette version du jeu Nintendo, c’est l’un des tout premiers niveaux. Mais alors, pourquoi cette impression de nouveauté ? En y regardant de plus près, on se rend compte que Mario n’est plus vraiment Mario. Adieu, la salopette, bonjour la chemise élimée. Ses ennemis ont changé, eux aussi. Ainsi que son objectif.

Et si Mario était un migrant ? C’est l’idée proposée par un artiste syrien de 29 ans dans une vidéo postée sur Internet cette semaine. Ou comment l’art est confronté à la réalité pour en donner, certes, une vision artistique, mais qui n’en est pas pour autant terriblement vraie. Il y reprend l’univers du jeu vidéo Super Mario Bros en en détournant les codes de façon subtile. Mario ne cherche plus à sauver sa bien aimée, la princesse Peach. Non, sa mission est beaucoup moins glamour, mais pas moins héroïque : il doit franchir les obstacles qui le sépare de l’Union Européenne.

Une actualité brûlante
Cette vidéo a déjà été visionnée près de 100 000 fois sur Internet en raison de l’actualité brûlante. Alors que la France et le reste des pays européens sont confrontés à une vague de réfugiés fuyant leur pays en guerre et en proie à l’État Islamique, les réponses pour venir en aide à ces migrants sont faibles, inadaptées, et parfois inhumaines. Comme ce mur érigé par la Hongrie à sa frontière avec la Serbie pour empêcher le flux de réfugiés d’envahir son territoire. Ou cette incapacité des pays membres de trouver un accord commun sur la répartition des migrants de manière équitable. La photo du petit Aylan a choqué le monde entier en mettant une image crue et forte sur une réalité que beaucoup tentaient, ou voulaient, de ne pas voir jusqu’à présent.

Une métaphore de la fuite des syriens vers l’Europe
Le Mario syrien est une métaphore de ces réfugiés. Au début de la partie, il obtient une mallette de billets avec laquelle il paie un passeur pour effectuer la traversée de la Méditerranée. Il doit ensuite éviter les gardes-frontières, qui l’empêcheraient d’atteindre sa destination s’il était capturé. Il saute au-dessus des murs qui commencent à être érigées entre les frontières des pays européens pour l’empêcher de passer. L’épreuve de l’empreinte digitale se matérialise sous la forme d’une plante carnivore au-dessus de laquelle il doit sauter s’il ne veut pas que le contrôle mette un arrêt à sa quête. Il fini enfin par atteindre le petit drapeau annonçant la fin du jeu. Mais à la différence du drapeau du vrai jeu vidéo, celui-ci est aux couleurs de l’Union Européenne. Le traditionnel château symbolisant la fin de la partie est intitulé quant à lui « Camp » pour désigner le camp de réfugiés qui l’attend.

Le créateur du jeu, Sami Al-Mufti, a affirmé sur BBC News que l’idée de cette vidéo lui était venue après que l’un de ses amis se soit noyé lors de la traversée de la mer Méditerranée entre la Turquie et la Grèce : « J’ai choisi de reprendre Mario car c’est un personnage qui parle à tout le monde. C’est comme la musique, c’est un langage universel ». Originaire de Homs, il a fuit la Syrie dès 2011 pour se réfugier à Istanbul. Si lui a réussi à retrouver une vie paisible loin des guerres et des violences, ce n’est pas le cas de tous les autres syriens. Quand Mario attend le camp qui termine sa partie, les réfugiés, eux, n’ont pas tous cette chance.

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