Ta mère la wisigothe ou comment Booba chante l’amour

On ne pouvait clairement pas passer à côté du dernier album de B2O, 9.2. iziiiiii. Du coup on vous raconte.

Le 4 décembre, c’était un peu un gros jour pour le rap français, et c’était la veille de mon anniversaire. BREF. Plusieurs albums sont sortis : Nero Nemesis de Booba, la réédition de Feu de Nekfeu, un album de Jul… mais aussi le Rohff Game. Booba et Rohff qui sortent un album le même jour, c’est un peu le clash qui continue. Mais Booba ne se contente pas de crier son amour pour Rohff, non, il déclare sa flamme au monde du rap français tout entier.

Le titre de l’album est Nero Nemesis. Alors déjà Nero Nemesis, c’est pas un truc super fou, c’est l’appellation de la peinture noire mate de Lamborghini. Booba, c’est la street, le ghetto. Tellement le ghetto, qu’il roule en lambo. Bah ouais, qu’est-ce qu’il va faire de tout cette oseille ? On comprend donc, direct, le chemin que prendra cet album. Sinon, quelqu’un de l’équipe de B2O lui expliquera que Nero Nemesis, c’était pas juste un nom de peinture, mais le nom de la déesse grecque de la colère, et de la vengeance. Là, le mec se dit « mortel en plus, je vais clasher des gens, du coup vengeance, colère, j’suis un fou, c’est SISI ».

L’album s’ouvre sur Walabok, qui en wolof signifie un peu « bien ou quoi ? » et enchaine sur la punchline « ta mère la wisigothe ». D’emblée Booba déclare : on va tous en prendre plein la figure. Mais bon, quelque part les wisigoths c’était quand même ce peuple stylé qui a, lui seul, envahi la Dacie (actuellement la Roumanie, la Moldavie et compagnie, pour la rime c’est cadeau) et après, ils ont voulu s’attaquer à l’Empire Romain puis aux Balkans. Donc bon, moi je prends, ça ne me dérange pas.

Juste après il dit « Tu n’arriveras jamais comme le feat avec Rohff ». Sortir cette phrase au bout de la 37ème seconde, c’est clairement une provocation. On rappelle brièvement qu’en 2001 Rohff, Booba et Rim’K (mais si souvenez-vous, faites un effort), avaient préparé un son ensemble. Booba, pas satisfait du résultat, décide d’annuler la sortie du morceau, c’est de cet événement que naitra ce clash infernal entre les deux artistes.

Booba a d’ailleurs fait de la sortie de son album un affront à Rohff. Ils sortent un disque le même jour, en étant tous les deux chez Universal. Booba veut montrer qu’il n’a absolument pas peur de la concurrence qu’il pourrait y avoir entre leurs deux albums. Il sait qu’il a un fan club, ou plutôt une cour…

Dans Attila, B2O s’attaque à Kaaris « si tu cherches l’échec demande à Kaaris ». Ca pique cette punchline. Là, Booba tacle le rappeur sur le nombre d’albums vendus pour Le Bruit de mon Ame, qui s’est écoulé à 13.000 exemplaires, alors que Or Noir, le premier album du rappeur, s’était lui écoulé à 19.000 exemplaires la première semaine. Booba explique que Kaaris n’est pas à la hauteur de ses ambitions, et que dans le « Rap Game », il n’a pas sa place, il ne tient pas la distance.

Toujours dans Attila, Booba rappe « DUC je confirme on a touché la cible », et utilise le champ lexical militaire. Il fait du monde du rap un champ de bataille dont lui seul est le survivant. En gros, il va tuer tous les autres rappeurs. Il déclare d’ailleurs peu après, « je les encule, je les encule et ainsi de suite ». Ca montre bien qu’il va anéantir chaque rappeur, un par un. Après, il le fait à sa méthode, moi j’suis pas là pour juger.

Booba, si bien lancé, continue et clame « le rap français calogéroisé ». Ben ça, c’est vraiment pas sympa pour le monde du rap. Parce que Calogéro, entre nous, c’est pas la folie. Mais si, Calogéro c’est le type qui chantait dans un ascenseur en 2002. Comparer le monde du rap à Calogéro, c’est assez sale. Il prouve ici encore une fois qu’il est au-dessus de tout, que le rap c’est lui et lui seul. Et que tout le reste n’arrive même pas à sa cheville. Pour B2O le rap s’est beaucoup trop démocratisé, et il est le dernier représentant de ce genre musical (Sinon la tête tu la passes dans la porte ?).

Il dit ensuite « la prochaine fois que tu veux me véssoul hassoul envoie des voyous qui s’y connaissent ». Ici, Booba fait référence à la fois où, il s’est fait agressé par Dam16. Dam16 envoyé par Rohff avait agressé Booba et avait exhibé sa ceinture comme trophée. Booba explique qu’il n’a pas du tout peur des autres rappeurs, et qu’ils ne sont pas en mesure de le menacer. Booba est sûr de lui et de sa position au sein du rap.

Dans Pinocchio Booba dit « negro t’allais mieux avant les clashs ». Ici, c’est un gros pic contre Rohff, qui voit son succès décliner depuis le début de ces attaques avec Booba. Il dit ensuite « j’ai fait du rap game une dictature, c’est pour ça qu’on me récompense pas ». Ici, encore une fois, Booba s’adresse aux autres rappeurs, il leur signifie qu’il est le chef et que comme il est un dictateur, lui seul peut établir les règles, et personne n’a son mot à dire. Il dit ensuite « si j’te fume c’est pour ton bien, c’est pour qu’tu n’recommences pas ». Bon là on avoue c’est un peu chelou. Il voudrait dire qu’il tue son adversaire, et que comme la clope, le type aurait envie de recommencer. Donc Booba tuerait ses adversaires, et aurait envie de recommencer et de recommencer… Il part trop loin parfois, il est dans le turfu quoi, trop en avance pour demander l’heure. 

Et d’ailleurs, avec cette réplique de Pitbull « j’en suis ou j’en suis malgré tellement d’erreurs, j’suis trop en avance pour leur demander l’heure », Booba reconnait ses torts, il avoue que parfois il fait des erreurs. Il n’a pas que des défauts ce pauvre garçon. Il reconnait : « moi aussi je sais en faire de la trap de merde ». Il avoue faire des sons commerciaux, qui s’inspirent de cette vague, la trap, qui vient du Dirty South des USA. La Trap c’est un peu le genre musical, enfin musical, le genre quoi, de Kaaris, Gradur et Niska. Ce genre connait une grande popularité en France, mais Booba explique qu’il utilisait déjà ce style en 2009 avec Double Poney, en 2010 avec Jour de Paye, et que par conséquent, il n’a rien à apprendre de ces rappeurs aujourd’hui. Il est au-dessus d’eux puisqu’en avance.

On continue ensuite avec Habibi, qui veut dire chéri, amour, trésor, en arabe. Booba est donc plein d’amour avec un titre portant ce nom-là, et clame « Avant moi dans l’game tout allait bien ». On ne sait pas s’il s’adresse à Rohff précisément, mais en tout cas ce qui est sûr c’est qu’il dit clairement que depuis son arrivée, tout a changé. Il disait déjà dans Batiment C, sorti en 2004, « le rap français, on le ressuscite, on le ré-enterre ». Le mec explique tranquillement, OKLM quoi, qu’il est même plus le patron, mais le Dieu du rap français. Le mec tue le rap, le ressuscite, il en fait ce qu’il veut. Le type est chaud. Mais bon, qu’il reste tranquille quand même.

En conclusion, un album assez marrant, et plutôt pas mal. On ne va pas se mentir, Booba, c’est de grosses instrus, des punchlines lâchées en vrac sur un son assez lourd. Booba, c’est quand même Lunatic. Booba, c’est le type qui te balance dans la même phrase « ma queue vient de Tchernobyl (…) ma force vient d’Obi Wan Kenobi », sans pression le mec te cale des références à Star Wars, tranquillement, en parlant de son engin juste avant. Booba, c’est le type qui te parle de la loi du Talion en introduisant le son par un « Capo dei Capi », le mec gère le rital. C’est juste le nom qu’on donne au chef des mafias siciliennes. En somme, une bagatelle. 

Booba c’est le mec qui sort un album juste pour clasher les rappeurs, parce qu’après tout le rap c’est ça aussi. 

Booba c’est le type qui te sort « Moi j’suis N.W.A. toi Alliage ». Bah ouais, on a beau dire ce qu’on voudra, on connait tous ses punchlines, on est tous capables de chanter ses plus gros morceaux. Alors quelque part, Booba, il a un peu gagné. Allez, 92iiiii ! 

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