Tabu

 

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Qu’il est agréable de voir, encore, d’humbles films en noir et blanc. C’est vrai, souvent le film en noir et blanc contemporain est prétentieux. J’ai souvent cette impression que par le simple fait que le film soit en noir et blanc, le réalisateur pense en faire une oeuvre intellectuelle alors qu’en réalité le résultat ne sera qu’esthétisant.
Ce n’est pas le cas de Tabou, le noir est blanc y est traité avec légèreté et sert véritablement le récit, à tel point qu’on ne peut concevoir ce film autrement que dans une version monochromatique.

Bercé par la douceur de l’accent portugais, on se laisse aller devant ce long métrage comme à l’écoute d’un air de bossa nova, des mots aux exquises sonorités coulent à flots dans nos oreilles. Ce film joue d’ailleurs beaucoup sur le son, il y a peu de dialogues mais une multitude de sonorités, de bruits, de silences, qui en disent plus que n’importe quelle phrase que pourraient prononcer les personnages. La musique, elle aussi, y est très importante . Je vous conseille l’écoute du morceau de piano de Joana Sa , composé pour Tabu, musique qui ouvre brillamment le récit. Les autres morceaux, interprétés par les personnages du film eux mêmes, constituent un remake intéressant de l’oeuvre de Phil Spektor à la façon portugaise.

Tabou ou Tabu, est une oeuvre en plusieurs parties. Celles-ci sont liées par l’histoire mais pourraient très bien être indépendantes les unes des autres et constituer chacune un film à part. La longueur de certaines scènes, hélas, n’est pas toujours facile à supporter et peine à nous maintenir immobile (notamment dans la première partie) mais cela ne dure jamais longtemps.

Tabou revient sur un sujet peu traité au cinema, l’héritage coloniale portugais. Miguel Gomes en profite pour parler de la nostalgie des personnes âgées, des angoisses de la jeunesse, de la religion, de l’esclavage et de l’amour (le portugais est d’ailleurs une langue qui s’e prête bien à parler d’amour).

Bref, poétique, sensible, sensuel, esthétique, Tabou, bien que par moments un peu long, est un film à voir avant son évaporation prochaine des salles obscures.

Jim.

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