Takis : le rétablissement de l’art cinétique

La France est l’un des pays qui a le plus de mal à accepter les nouvelles tendances artistiques. Toujours derrière les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne, c’est avec difficultés, et parfois malgré elle, que l’art se tourne vers l’actualité artistique. De là, l’importance d’institutions comme le Palais de Tokyo (non, on ne va jamais se lasser de faire l’éloge de ce musée, lieu magique qui fait partie de nos coups de cœur).

Pour la première partie de l’année, le musée propose des projets qui défient, comme toujours, l’art en le poussant vers des endroits inimaginables : « Le bord des mondes » en est la preuve. Moins hasardeuse que cette dernière, la rétrospective sur « Takis » ne provoque pas autant de réactions de la part du public et de la presse. Pourtant, le choix de cet artiste n’est pas anodin, et le fait de lui consacrer une exposition, de lui ouvrir les portes du palais, est un acte marquant qui réhabilite l’art cinétique. Longtemps laissé de côté, détesté ou mal compris par les acteurs de l’art, le « cinétisme » a eu du mal à conquérir le cœur des critiques et du public en Europe. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, avec des expositions telles que « Dynamo » l’année dernière au Grand Palais, la rétrospective au Palais de Tokyo consacrée à Julio le Parc, et l’exposition à la galerie Perrotin sur Jesús Rafael Soto, l’art cinétique est au sommet de sa gloire.

Takis, champs magnétiques, se déploie dans tout le premier étage du musée. Invitant le spectateur à faire partie de l’exposition, la première œuvre est interactive ; de cette manière l’un des principes fondamentaux de l’art cinétique nous est dévoilé : briser la frontière entre créateur et observateur. Depuis les années 50, les artistes avaient le dessein de changer leur image, plus question de les voir comme des êtres touchés par un pouvoir divin, des hommes extraordinaires ! On est tous potentiellement des artistes, c’est plus un choix qu’un talent inné. L’art ne doit pas s’écarter du public mais s’approcher de lui, il doit établir un dialogue pour l’induire à une réflexion. Comment Takis manifeste-t-il cela ? En quémandant la participation du spectateur. L’artiste met en place un jeu, où l’œuvre nécessite le regard de l’observateur pour s’accomplir. Voir n’est pas tout, il faut agir et réagir devant l’œuvre. Ses Anti-gravités et Festins magnétiques interpellent directement le spectateur, contempler de haut et ne pas toucher les œuvres, est chose du passé. La sacralisation de l’art n’a plus sa place dans le musée. Tout est confondu, qui est créateur et qui spectateur?

De même, la mise en question se fait en mêlant art et science. Pendant la Renaissance, les deux disciplines ne faisaient qu’une, d’ailleurs Da Vinci s’est inspiré de Vitruve, architecte romain, qui parla, dans son célèbre traité De Architectura, de l’importance d’imiter la nature pour créer du beau. Par la suite, science et art se sont éloignés, parler de l’un excluait forcément l’autre. Takis essaya d’unir les deux, une fois pour toutes, en insérant dans son discours le concept d’énergie. Les champs magnétiques et les « phénomènes naturels » l’ont obsédé. Le magnétisme comme puissance quasi magique, la science et ses énigmes, contiennent une part de spiritualité, pour Takis, l’énigme scientifique semble s’apparenter au mystère de la foi. À l’instar de Da Vinci et des grands maîtres de la Renaissance, Takis souhaite créer un langage universel unissant deux disciplines, qui se disputent encore de nos jours.

Finalement, la mythologie se noie parmi les découvertes scientifiques de l’époque, il s’inspire de tout le bagage culturel acquis, c’est-à-dire de la culture grecque Antique, des écrivains et personnages comme Hippocrate, pour créer. Mais ses inspirations ne s’arrêtent pas là, pour les sculptures, l’une des sources principales est Giacometti qui a inspiré les formes allongées des Signaux, entre autres. L’usage du bronze et de matériaux, moins fins que le marbre ou la pierre, démontre sa volonté d’explorer de nouveaux horizons en art, et confirme son admiration pour l’artiste suisse.

L’exposition entre en syntonie avec les autres exhibitions du Palais de Tokyo, contester l’art, l’emmener vers d’autres niveaux, et toujours le mettre en cause. Takis, champs magnétiques explore l’oeuvre qui, cette année, va célébrer son centenaire. Allez vite au Palais de Tokyo et « enivrez-vous » de poésie magnétique et d’art cinétique !

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