Ted 2 (2015) de Seth MacFarlane

Après le très bon succès de Ted sorti en 2012 (un peu plus de cinq cents millions de dollars de recettes mondiales, pour un budget d’un peu plus de cinquante millions de dollars), il était prévisible que le film du « trublion » de la comédie américaine Seth MacFarlane (créateur des séries animées Les Griffin, American Dad !, et réalisateur du film Albert à L’ouest en 2014), accouche d’une suite en la présence de Ted 2. À l’aide de son humour gras et irrespectueux (Il faut taper là où ça fait mal, surtout en dessous de la ceinture), Seth MacFarlane a, peu à peu, réussi à se faire une place (toute relative) dans l’univers très restreint de la comédie américaine, dans lequel brille encore aujourd’hui des acteurs tels que Will Ferrell, Kristen Wiig, Steve Carell, Seth Rogen, Amy Poelher, ou des réalisateurs comme Adam McKay (le diptyque Présentateur Vedette,…), Judd Apatow (40 ans toujours puceau,…), ou encore Paul Feig (Mes meilleurs amies,…). Bien qu’il ne partage en aucune manière la subtilité, ou la saveur, de l’humour absurde et burlesque de ces mêmes artistes, le comique de Seth MacFarlane a su trouver son public. Ce même public s’ c’est alors rassemblé en masse pour suivre la carrière de leur comédien fétiche pour lors de son premier essai au cinéma, en découvrant par la même occasion le dernier né de sa  «ménagerie» (au même titre que Peter Griffin, Stan Smith, Stewie Griffin,…), Ted l’ours en peluche grossier et toxicomane, ayant reçu le don de vie grâce aux prières de son ami John Bennett (Mark Wahlberg). Après cet essai réussi, à nous de découvrir si dans cette suite (purement commerciale) la formule opère toujours ?

Alors qu’ils viennent de se marier, Ted et Tami-Lynn (Jessica Barth) souhaitent avoir un enfant. Dans l’incapacité de procréer de manière naturelle, leur tentative d’adoption se solde, elle aussi, par un échec, car aux yeux de la loi, Ted n’est pas reconnu en tant que « personne ». Avec l’aide de son Thunder Budy John Bennett (Mark Wahlberg), et de la jeune avocate Samantha Leslie Jackson (Amanda Seyfried), Ted va tout faire pour prouver aux juges qu’il est un être humain.

En bon sequel qui se respecte, Ted 2 recycle toutes les caractéristiques qui ont fait le succès de son prédécesseur. Nous restons à Boston, notre histoire se déroule une nouvelle fois en plein été, prétextant alors une photographie lumineuse et colorée (particularité inhérente aux comédies romantiques hollywoodiennes, entre autre), le casting reste le même à quelques exceptions. Exit Mila Kunis, son personnage (Lori) ayant divorcé de John Bennett par un habile travail d’écriture (après six années de vie de couple et un mariage, elle ne pouvait plus supporter l’addiction ancestrale de son mari à la marijuana, soulignant par la même occasion que les problèmes de couple arrivent lorsqu’on s’y attend le moins…), pour être remplacée par Amanda Seyfried, une jeune avocate accroc à cette même drogue. Le plus grand changement réside dans le scénario, là où le premier épisode était centré sur John, et le fait qu’il devait apprendre à grandir en s’éloignant de l’influence néfaste de son ami Ted, Ted 2 porte l’accent sur le personnage éponyme, et sur son combat afin de s’assumer aux yeux du monde en tant que « personne ». Là où le premier film se résumait à une histoire d’amitié entre deux grands enfants, sa suite propose une histoire qui se veut plus universelle, plus consensuelle, en voulant débattre de l’idée selon laquelle l’humanité ne se définit pas de manière biologique, mais par une idéologie bien plus complexe se caractérisant par l’empathie, la compassion et les actes humanistes (morale présente dans nombre de films fantastiques tels que Frankenstein de James Whale, A.I Intelligence artificielle de Steven Spielberg, ou récemment Chappie de Neill Blomkamp). Cette morale universelle est le prétexte que choisit MacFarlane pour justifier la réalisation de cette suite. Le sujet n’est traité qu’en surface, à renfort de moyens esthétiques grossiers (quelques scènes d’introspection silencieuses en gros plan, l’utilisation d’une bande originale douce et allègre imposant une ambiance de happy ending), et sert pauvrement de fil rouge permettant de justifier les gags et cabrioles ridicules de Ted et ses amis.

Dans le fond c’est l’humour qui nous déçoit le plus dans Ted 2, ce qui est extrêmement grave pour un film se définissant comme une comédie. Les gags apparaissent sans arrêt de manière impromptue et gratuite, comme si ce long métrage n’était qu’une suite de sketches sans queue ni tête. Gags qui auront, pour les adeptes de MacFarlane, un goût amer de déjà vu, le réalisateur se contentant paresseusement de cuisiner les restes de son film précédent. Exemples parmi tant d’autres, la chanson des Thunder Budys se transforme en parodie du générique de la série Law and Order, l’ami gay de John, Guy (Patrick Warburton), sort à nouveau avec un petit ami faisant office de caméo  «célèbre», Rick (Michael Dorn connu pour son rôle du Klingon Worf dans la série Star Trek, succédant ainsi à Ryan Reynolds), de même l’acteur Sam Jones (Flash dans le film Flash Gordon de Mike Hodges), joue à nouveau son propre rôle dans une version trash et innommable de lui-même.

La fainéantise scénaristique de Seth MacFarlane atteint des sommets, lorsque l’on remarque la quantité astronomique de références culturelles (là aussi une base de « l’humour MacFarlane »), que celui-ci utilise afin (de tenter), de faire rire le spectateur. Qu’elle soit focalisée sur l’univers sportif et ses gossips (la présence du quarter-back des New England Patriots, Tom Brady, ainsi que la référence au scandale des ballons dégonflés), sur le cinéma populaire (Flash Gordon, le nom de l’avocate Samantha Leslie Jackson s’écrivant Sam L. Jackson couplé à son manque de culture cinématographique), dont « l’ultime référence » se déroule à la Comic-con de New York au cours de laquelle l’acteur Michael Dorn se cosplay en son propre personnage de Star Trek, sur l’actualité américaine et mondiale (le scandale Bill Cosby, les attentats de Charlie Hebdo), ou encore que les références soient intrinsèques aux acteurs (la voix de Morgan Freeman jouant dans Ted 2 le rôle de l’avocat Patrick Meighan), la saturation référentielle est omniprésente, n’étant que le résultat logique du pitoyable manque d’inspiration de Seth MacFarlane.

Rassurons-nous, le comique de l’auteur ne se résume pas seulement aux références populaires, il est en effet surtout célèbre pour son humour (très) noir, n’hésitant pas à s’attaquer aux faits divers les plus sordides, le physique, le racisme ou encore la maladie. Ted 2 est rempli (jusqu’à en déborder) de ce type d’humour qui sans surprise, atteint rapidement ses limites. A force d’abuser de la systématique ironie, le long métrage se met à dégager une aura de cynisme condescendant nauséabond, où tout ce qui compose notre monde n’est finalement bon qu’à être raillé et souillé. Là où le bât blesse pour Seth MacFarlane, c’est qu’en voulant « finement » critiquer la société (car c’est la seule excuse que l’on peut trouver à ce genre d’inepties), en basant son humour sur un irrespect régulier, il ne fait que mettre en valeur sa propre puérilité et sa méchanceté gratuite, en nous faisant immanquablement penser à lui comme à un enfant, capricieux et colérique, face à quelque chose de trop compliqué pour lui.

Enfin, la dernière (lâche) tentative de la part du réalisateur pour gagner l’hilarité du public, est de faire appel au « fondement » du comique élémentaire, car Ted 2 est aussi clairsemé par des moments d’humour scatophile. Tous les fluides corporels du corps humains y passent, et il n’est pas essentiel pour nous, de nous y attarder plus que nécessaire.

Qu’ajouter de plus au sujet de Ted 2, si ce n’est qu’il n’est qu’une mauvaise réplique du premier opus, qui lui-même n’était pas inoubliable ? Il est difficile de défendre un film qui semble se moquer de tout, à commencer par le public au vu de ce qu’il leur est donné de voir. On pourrait souligner les (bien trop) rares efforts de Seth MacFarlane, pour donner un souffle « artistique » à son long métrage, comme lors du générique musical (nous rappelant étrangement le générique d’Indiana Jones et le Temple du Péril réalisé par Steven Spielberg), ou lors des quelques scènes réellement comiques du film, à l’image de l’incursion des héros à un spectacle d’improvisation, mais même dans ces cas-là l’intérêt retombe très vite.

Au fond, nous n’avons aucune raison de nous plaindre de la pauvreté artistique, ou de l’ennui créé par ce film, alors que nous sommes prévenus dès la première minute, par une voix off annonçant que Ted 2 nous prouve au moins une chose, c’est que « Les américains se foutent vraiment de tout ».

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