Tess, R. Polanski

Tess est un film de Roman Polanski sorti en en 1979, et qui ressort en ce moment en salles à l’occasion de sa restauration par Pathé. Il est un hommage posthume à Sharon Tate, la première femme de Roman Polanski, qui lui avait conseillé d’adapter le livre « Tess d’Urberville » de Thomas Hardy, avant d’être assassinée.

Tess est une jeune paysanne dont le père découvre, dans l’Angleterre du XIXème siècle, qu’ils font partie d’une famille noble. Le film nous raconte le destin de cette très jeune fille, destin qui s’apparente à une descente aux enfers.
Le ton dramatique du film se ressent dès les premières minutes, à l’aide de la musique écrite pour le film par Philippe Sarde, un orchestre symphonique jouant particulièrement sur les tons pathétiques et déchirants. Ce thème musical se retrouve de nombreuses fois dans le film.
« Tess » est particulièrement touchant par le biais de la lumière, très importante dans tout le film, et que l’on peut associer aux différents moments de la vie de Tess. En effet, la lumière au début du film est très douce, caractérisant la vie de Tess, et aussi sa naïveté face à la vie, caractérisée par le bal champêtre auquel elle participe, où les jeunes filles toutes habillées de blanc et dansant dans une lumière chaude, au milieu des champs, évoquent des Vestales, unies dans leur innocence. Interviennent alors les hommes, leur proposant de les accompagner pour une danse; préfigurant le rôle qu’auront les hommes dans la vie de Tess. Sa rencontre avec Angel, son futur mari, se déroule sous une lumière franche, éclatante, joyeuse. Viennent ensuite les dures heures de la vie de Tess, sans soleil, créant des atmosphères intimistes, confinées, éclairées à la bougie; quant à la fin de sa vie, et les dernières minutes du film, elles se déroulent dans une lumière glauque, grise semblable à celle d’un petit matin, qui est aussi le cadre de ces derniers moments.

« Tess » est un film très pathétique, dur, et cruel. Au travers du film on peut voir aussi la transformation même de Tess, passant de la jeune fille naïve, montrée par son ton de voix boudeur parfois, qui semble parler à regret, à la jeune femme dure, fermée, travaillant l’hiver dans les champs, abandonnée et moquée par tous, puis à la femme du monde, parée de grands atours, vivant dans le luxe. Cependant, tout au long de ces transformations essentiellement physiques, il lui reste toujours cette innocence qu’elle dégage, et qui s’exprime comme par une lumière émanant d’elle, faisant d’elle la source première de la lumière du film. Lumière qui ne s’éteint jamais, malgré tous ses déguisements, et que l’on peut remarquer particulièrement dans la scène finale, lorsque endormie sur des pierres au milieu d’un champ avec Angel, elle est réveillée par l’arrivée des gendarmes. La phrase d’Angel à cet instant révèle particulièrement selon moi le personnage de Tess, « Laissez la dormir encore un peu » ; comme un enfant à qui on laisse encore quelques minutes avant de se réveiller, car Tess, dans tous les instants de sa vie même les plus terribles conserve une attitude, un ton enfantin.

A mes yeux la plus belle scène est celle du début, déjà mentionnée, du bal champêtre où le spectateur pressent déjà le drame, et où sont réunis tous les éléments principaux du film. « Tess » est particulièrement mélancolique et profondément triste, une tristesse que j’ai trouvé parfois exagérée, et trop appuyée. Tess, jouée par Natassja Kinski, ne semble jamais se départir d’une sorte de langueur, faisant éprouver au spectateur une certaine lassitude aussi. La durée du film étant d’ailleurs exceptionnellement longue – 2h50 -, elle peut faire éprouver un ennui devant une lenteur contemplative de la triste vie de Tess se déroulant devant nos yeux.

Cependant ces points négatifs sont entièrement rattrapés par la beauté de certains plans dans la lumière diaphane de la campagne.

Donc, un film à voir, en profitant du fait qu’il soit de nouveau projeté sur grand écran- tout en sachant à quoi s’attendre.

SophieTess

Les commentaires sont fermés.