The Master

The Master est un film de Paul Thomas Anderson, réalisateur de There Will Be Blood.
The Master est un film dont le sujet est particulièrement controversé. L’action prend place aux Etats-Unis, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et nous expose les destins croisés d’un marin démobilisé de la flotte de guerre américaine, Freddie, devenu alcoolique – alcoolique jusqu’à se préparer ses propres mixtures à base, entre autre, de dissolvant – , et d’un homme surnommé “Le Maître”, Lancaster Dodd, à l’origine d’une secte en train d’éclore, apellée “La Cause”.
La secte représentée est de façon, assez évidente, inspirée de la Scientologie, tout comme le parcours de son fondateur. C’est cet aspect du film qui lui fit s’attirer les foudres de nombreux adeptes de la Scientologie, Tom Cruise en tête. Peut-être peut-on ainsi trouver une explication à la quasi non-présence du film aux Oscars…

P. T. Anderson nous livre  un film assez dur et violent sur la croyance, la psychologie, la folie, l’endoctrinement, la sexualité, tout cela croisé dans un paroxysme permanent.
La violence  est ici très peu physique, surtout psychologique, dans la force de persuasion du Maître, qui s’apparente finalement à une réelle torture, comme dans la scène où Freddie suivant les consignes de L. Dodd perd peu à peu tout sens des réalités.
Une torture mentale et un lavage de cerveau mis en exergue est éprouvant, aussi pour le spectateur par le moyen d’un montage de plus en plus acceléré, montrant Freddie dans divers “exercices”: celui de la perte des réalités, ou un exercice où il lui est demandé de se convaincre qu’il voit une chose qu’il ne voit pas: le changement de couleur des yeux de la femme de L. Dodd, ou encore un autre où le but est de se faire insulter, entre autre, sans avoir le droit de répondre.
Ces exercices sont très éprouvants et humiliants, et le spectateur assiste ainsi peu à peu à une perte d’humanité de Freddie. Perte d’humanité qui n’était pourtant pas le but affiché de L. Dodd, plutôt l’inverse: il scande et rappelle sans cesse vouloir faire de Freddie un homme civilisé, considérant Freddie tout d’abord comme un animal: alcoolique, bagarreur, et en état de rage permanente.
Cependant au travers de ces scènes assez dures, se détachent quelques scènes qui au milieu de ce déballage, de cet enfermement psychique relèveraient presque de l’onirisme. Tout d’abord celle où Freddie se remémore son amour perdu, Doris; scène douce, où les deux personnages, filmés en gros plans, paraissent d’autant plus irréels, qu’ accompagnés par la voix de Doris qui chante une chanson a cappella, conjuguant ainsi à la fois douceur amoureuse et quelque chose de profondémment déchirant, la nostalgie de ce qui ne reviendra pas. C’est ce qui est peut-être le plus dur et terrifiant dans ce film, la façon dont La Cause se sert des pires et meilleurs moments de la vie de chacun pour mieux les enfermer ensuite; ainsi que le mélange entre sexe et “chantage”, la dénaturation et même perversion de tout ce qui est censé être beau, agréable.

L’autre scène qui m’a beaucoup plu est celle où, dans le désert, le maître donne à Freddie une moto, dans le cadre d’un nouvel exercice, mais que Freddie va mettre à profit pour s’enfuir. Cette scène  est d’une grande beauté à la fois par la re-possession de sa liberté, mais aussi d’un point de vue purement esthétique: le plan large de ces trois personnages plantés au milieu du désert aride, comme des marionnettes, impuissantes qui ne comprennent ni ne comprendront le refus de Freddie de s’incliner entièrement devant leurs préceptes et leur pouvoir.

Mais The Master est aussi un beau film de par son rythme, en particulier grâce à la musique: intervenant très peu à part une sorte de thème rapide et entraînant, ou des chants a cappella: la scène de l’amour perdu, comme aussi une des dernières scènes, où L. Dodd exprime une sorte de chant du cygne avant le départ certain de Freddie, et où se révèle une homosexualité latente entre le Maître et son ancien disciple; un autre amour que Freddie refuse en décidant de partir, exprimé par la voix de L. Dodd dénuée d’artifice ou d’accompagnements.
Les deux moments de vérité du film sont ainsi représentés par la voix vraie et pure.
The Master est donc un film dur et surtout qui met le spectateur à la fin du film face à cette question: que ferions-nous à la place de Freddie, serions-nous capable de résister ? Question dont la réponse pour la plupart d’entre nous paraitrait évidente, mais qui peut être vue sous un angle nouveau à la sortie de la salle.

Pour ces contrastes très surprenants, la mise en scène de certains scènes, le jeu d’acteurs de Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman –le Maître- , dans un dualisme exacerbé, ce film est selon moi, à découvrir au plus vite.

 

Sophie

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