The paradigm shift

Samedi c’était vernissage au Pari(s) Urbain. Le photographe Good Guy Boris pose ses valises et son “histoire bord-cadre” au 51 rue de l’Echiquier, Paris 10, pour partager sa vision esthétique et éphémère d’une “génération sacrifiée”, représentée par les jeunes artistes libres de la mouvance graffiti actuelle. C’est donc un accrochage dédié à l’artisanat et à l’instantané qui a reçu un public joyeux, jeune, éclectique et généreux. Attachée au sens de la composition, la foule et ses pléthores encore de bonnets hipsters et autres chemises à motifs, laisse au Pari(s) Urbain peu de place au sens de la création dans ce qu’il a de plus vide et inaccessible, pour s’attacher à une vision superficielle et dictée du monde des arts. Néanmoins attaché au sens de la composition, le public trouve sa pleine et entière place dans sa volonté d’instituer l’Art de Rue dans la place contemporaine qui lui échoit.

C’est donc dans la beauté simple et classique d’une expression sobre et mesurée que Boris retranscrit sur ses tirages des ambiances faites de noirs et blancs épurés, souvent minimalistes, escortés de slogans de peu de mots, peints en plein air dans les gares ou dans les trains. Le photographe impose des messages dont le sens claque et choque, attrape l’oeil et retient l’attention (“Live together & die alone”). Leur force prescrit en deux mots le ressenti de la vie dans ce qu’elle de plus vécue, de plus sincère et de véritablement authentique. Habités par les fantômes rapides et énervés du mouvement et de la vitesse propres à l’Art de Rue, des flous artistiques et contemporains surgissent de tirages tels que Catacombs ou Keep Walking, présentant le public à la folie créative dans ce qu’elle a de plus instinctif et viscéral. Plusieurs productions retiennent ainsi l’attention des amateurs d’art, exposant le récit d’une recherche de l’universel, accessible à tout un chacun à travers la capture esthétique d’une photo de presse sur le terrain.

C’est donc dans le ciel blanc, mécanique, artificiel et souterrain d’une lumière qui se découpe des profondeurs d’un tunnel d’accès que Ladder to Heaven vous attend, ou qu’un autre tirage anonyme détache son brun nocturne sur un flash acide illuminant la tôle poussiéreuse des trains au repos. Le Danger de Mort, enfin, dont le grain est composé d’un intense clair-obscur hollistique, saura retenir votre attention et vous marquer par la rondeur qui se découpe des angles de sa lumière auréolesque. C’est dans cette chapelle aux allures de toile que se devinent la folie et l’envie d’une silhouette de jeune homme, entouré de la lumière industrielle du béton des bâtiments de la nuit. Il peut finalement s’avérer triste par certains aspects de constater qu’un manque chronique de recherche esthétique se révèle sur certaines oeuvres, et que la trop grande place accordée à la rapidité et au va-vite des Arts de Rue dénature le mouvement de l’harmonie propre à la calligraphie du tag et du graffiti. Cette carence en bon-goût s’explique toutefois par le message revendicatif porté par l’accrochage, dénonçant l’action répressive menée contre les Arts Urbains, le manque de reconnaissance qui leur est accordé et le sens profond accordé par les artistes à chacune des oeuvres posées sur le bitume de la ville. Nous sommes donc invités à redécouvrir ici un art et une expression qui ne citent pas de noms, faits de mots, d’images et d’impressions simplement. C’est la patte sincère d’un photographe qui tire l’authenticité de son oeuvre de la cristallisation d’un travail instinctif, entre le ciel et les profondeurs, que le marché spéculatif de l’art contemporain ne regarde que de trop loin, et ne daigne pas considérer.

Site de Pari(s) Urbain
Crédits photographiques : Pari(s) Urbain / Good Guy Boris

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