The Revenant (2016) d’Alejandro González Iñárritu

Note : 4/5

Un an après l’étonnant Birdman, qui avait séduit la critique (Oscar du Meilleur film et du Meilleur réalisateur entre autre), tout en divisant le Public, Iñárritu revient avec The Revenant. Mêlant prouesses techniques et instinct de survie, le réalisateur mexicain nous offre ici une de ces œuvres les plus ambitieuses.

Avant de rentrer dans l’analyse du sixième long-métrage d’Iñárritu, penchons-nous rapidement sur le synopsis de ce dernier.

The Revenant est librement inspiré de l’histoire du trappeur (chasseur de l’Amérique du Nord traquant les animaux à fourrure dans le but de vendre leurs peaux), Hugh Glass.

Lors d’une expédition au cœur des montagnes américaines, un groupe de trappeurs, mené par Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) et John Fitzgerald (Tom Hardy), traquent leur gibier. Cette tâche se heurte cependant à l’hostilité des Indiens. Face à cela, le groupe est contraint à la fuite.

Sur le chemin, Glass subit l’attaque d’un ours. Grièvement blessé, il est abandonné par ses équipiers. Mais Glass refuse d’abdiquer, et c’est seul qu’il entreprend un long voyage vers le camp américain le plus proche (situé à quelques centaines de kilomètres de sa position). Armé de l’amour qu’il porte à sa famille, et de sa soif de vengeance, il gravira de nombreux obstacles tout en essayant de trouver sa rédemption…

Une nouvelle fois, Iñárritu se positionne comme un des favoris dans la course aux Oscars. Le réalisateur confirme, avec cette œuvre, que c’est un grand technicien. Après les dessous du Show Business dans Birdman, Iñárritu s’attaque  à l’environnement glacial et montagneux américain. Le spectateur se retrouve alors plongé au cœur de l’histoire avec de nombreux plans rapprochés, une très belle photographie et surtout un réalisme cinglant. Il y a ici un mélange intéressant entre proximité (la caméra s’applique à suivre chaque mouvement), et grands espaces. La proximité peut être considérée comme la composante principale de The Revenant. Tout au long du film, lorsque l’on suit les différents protagonistes, la caméra se trouve au même niveau que ces derniers. Il en devient presque impossible pour le spectateur d’anticiper l’avancement de la scène en cours. Ce point permet d’installer une certaine tension et donne l’impression d’une menace constante. De plus la musique est très peu présente et laisse place aux bruitages de la nature, cela renforce quelque peu le lien entre les spectateurs et les protagonistes, car ces deux pôles se retrouvent livrés à « eux-mêmes » (les personnages sont face à l’environnement et les spectateurs vivent le film grâce à la « puissance du silence »). 

Cette même proximité nous permet aussi d’admirer les performances des acteurs. The Revenant se positionne comme un lieu de confrontation entre deux grandes figures du cinéma des années 2000, Leonardo DiCaprio et Tom Hardy. Deux acteurs adorés par le grand public, mais également deux acteurs qui attendent la reconnaissance de leurs pairs (en l’occurrence l’Oscar). DiCaprio et Hardy ont montré qu’ils étaient capables de s’adapter à n’importe quel type de rôle. Pour DiCaprio, nous pouvons citer ses performances notables dans Aviator ou Le loup de Wall Street, concernant Hardy il y a eu Bane dans The Dark Knight Rises, ou encore les jumeaux Kray dans Legend. Dans The Revenant le face à face est brutal et la différence de jeu accrue. Leonardo DiCaprio se surpasse dans un rôle proche du non-dit en nous offrant des moments de souffrance absolue. Tom Hardy peut être considéré comme son antithèse, tout simplement, car sa force se trouve dans ses différents monologues « moralisateurs » imprégnés d’un fort accent texan. Ces deux performances nous rappellent que le film n’est pas seulement un monstre technique.

Continuons cette analyse avec la notion de « grands espaces ». Par le biais de cette œuvre, Iñárritu nous livre un bel hommage à la nature. Au-delà de l’expérience vécue et des performances des acteurs, la nature se positionne comme une divinité. C’est elle qui semble dicter l’avancement de l’intrigue, et elle peut être vue comme un personnage à part entière. Le destin de chaque protagoniste dépend toujours de cette fameuse Nature. The Revenant montre que notre instinct de survie est puissant, mais malgré tout ce dernier reste intimement lié à la volonté de la nature. C’est sans doute le message le plus important véhiculé par le film, tant dans son intrigue que dans sa conception (on peut citer le fait que le tournage ne s’est effectué que par le biais des lumières du jour, ou, on peut rappeler aussi que Leonardo DiCaprio est un fervent écologiste)… 

Néanmoins, l’œuvre d’Iñárritu n’est pas parfaite. Nous pouvons notamment lui reprocher certaines longueurs, le réalisateur pousse un peu trop le côté souffrance. A noter que le scénario paraît assez simple, ce qui accentue la sensation que le film est surtout une prouesse technique.

Enfin, Iñárritu semble vouloir rendre hommage à la nature tout en abordant des sujets intéressants comme les liens familiaux, la cause Indienne, la cruauté humaine… Ce qui pose problème, car les points abordés plus haut rendent ces thèmes secondaires quelque peu artificiels.

The Revenant est au fond un film très technique et terriblement humain. En optant pour un récit narratif classique traitant du lien entre l’homme et la terre, Iñárritu nous livre ici un film ambitieux et touchant.   

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